La joie d'être vivante, la beauté et la richesse de la vie.

Extrait d'un Atelier proposé par le père Moysan pendant la récollection des équipes Renaissancede la région Ouest à Dinard, les 22 et 23 septembre 2012. L'intégralité du texte figure dans la revue Partage de Septembre 2013.

- Qu'est-ce qui provoque en moi de la joie profonde actuellement,qui me rend vivante actuellement, spirituellement et humainement?

La force de vie, c'est la beauté de la vie qui est toujours à retrouver. C'est comme si aujourd'hui la joie se gagne sur la non joie, la vie se gagne sur les blessures, les diverses tentatives pour nous déstabiliser, la vie se gagne sur la mort.
Vivre, qu'est-ce que c'est? c'est le fait que l'on éprouve dans notre corps des preuves, c'est l'expérience de notre corps d'exister. Exister, c'est créer du bon et non pas de la destruction.
Créer du bon, du bien, de bonnes choses, recevoir également du bon, être heureux de donner du bon, créer du bon et donner du bon. créer du bon, on peut le vivre par exemple dans une activité sociale ou dans une profession, et être heureux de tout cela. La joie d'être vivante, c'est le fait que tout cela arrive, que l'on éprouve tout cela comme quelque chose de bon.

Quels sont les lieux de la vie qui peuvent nous faire éprouver cela? Il est utile de faire l'inventaire de ces lieux qui nous ont rendus vivants, ou peut-être qui nous ont rendus moins vivants, nous ont détruits.

C'est d'abord la famille qui vous a mis au monde, qui vous a créé. Ce qui nous rend vivant, c'est le fait d'avoir reçu d'abord de la vie, de l'amour, de la bonté, de la compassion, de la vie sociale, de la capacité à aller vers l'autre. Ensuite, les proches hors de la famille, de la fratrie, hors des parents, les autres que vous avez accueillis peu à peu, à qui vous avez donné. Et ce qui a pu vous rendre vivante, c'est le fait de donner, en fait d'accueillir de l'affection et d'en donner. Ce qui a pu diminuer la vie en vous, c'est le fait des blessures qui ont pu vous être causées ou que vous avez causées. Tous ces fils là sont le tissu de votre propre existence. Les amis proches peuvent ne pas exister. La profession est le lieu où l'on crée, l'aspect créateur c'est celui qui constitue la vie. La société, avec ses facettes sociales, politiques, militantes a pu créer en vous de la vie. La militance, cette capacité à donner sa vie pour quelque chose, ceci aussi donne la vie. Pour les chrétiens, la vie de relation avec Dieu, le Christ, alimente notre vie spirituelle, notre intériorité. Nous recevons dans notre intériorité quelque chose d'en haut et nous le recevons dans notre psychologie. Toute spiritualité est psychique en ce sens là. Et la réponse à ce que nous recevons d'en haut, c'est la foi. La vie en Eglise est également un lieu qui nous rend vivant. Les chrétiens sont appelés à rencontrer des frères parce que le bain des frères est nourriture pour leur vie de foi. Sans ce bain, on a vite l'impression de dépérir. La vie en Eglise c'est la réception de la Parole de Dieu, la réception du sacramentel, la réception de l'amour des frères, même si parfois c'est un peu sec ...Ici, le groupe Renaissance est une cellule d'Eglise qui à la fois donne de l'information, donne de l'affection, donne la possibilité de renaître, etc.

- Quels chemins avez-vous vécu pour redevenir vivantes? pour renaître d'en haut?

Le MOI est au carrefour de tous les liens sociaux et humains que nous avons noués (famille, amis proches, collègues de travail, paroisse, lieux d'engagements associatifs ...) et il se trouve en panne, à un moment donné. La question est alors de redémarrer. Mais comment faire? Comment redevenir vivante?

J'aurais pu vous dire "il suffit d'aller chercher dans les autres de l'affection pour redémarrer, il suffit d'aller chercher vers Dieu, prier et cela marchera, il suffit d'aller vers les amis, de revenir en famille pour retrouver de la vie et de la joie, il suffit de prendre un engagement au sein du Secours Catholique ou ailleurs dans la région, tu verras, tu oublieras tout." Mais vous sentez que cela n'est pas vrai, car le MOI est en panne et à un moment donné on ne peut plus.

Quel est le chemin intérieur pour retrouver de la joie, c'est-à-dire pour retrouver de la vie?
La joie c'est le sentiment qui accompagne le fait de retrouver de la vie profondément, de recouvrer de la vie en soi même, de se réunifier, de recoller les morceaux intérieurs, de retrouver des points de repère. C'est à la fois un chemin humain et un chemin de foi.

Le chemin humain peut avoir besoin, à un moment, d'un médecin, d'un psychologue, d'une thérapie. Il va falloir accepter une aide psychologique pendant un certain temps, en toute humilité.
Cela ne fait pas concurrence au chemin de foi et à l'accompagnateur spirituel. Le chemin de foi est un chemin où l'on accepte de donner sa confiance à Jésus-Christ, on accepte de l'écouter, de recevoir sa vie par les sacrements et par là même on retrouve de l'espérance, de la foi en Dieu, de la confiance en soi, et ceci nous guérit et nous pousse à vivre notre chemin humain de pacification. Il n'y a pas de concurrence dans l'homme, tout se conjugue en Dieu.