LA VIE TOUJOURS NOUS BOUSCULE,NOUS DÉRANGE !

Vivre, c'est être dérangé, par des événements, par les autres, par le temps, ect.... Il ne s'agit donc pas de se protéger, mais de faire face, de s'adapter, de répondre. Le proverbe dit; " La vie ne consiste pas à échapper aux orages, mais à apprendre à danser sous la pluie". Mais de quelles forces disposons-nous pour affronter le dérangement, le changement ou le déménagement, en fait le chaos habituel de nos pauvres vies ?

La force de la liberté, par la réflexion, le recul, la méditation, la prière.

La force de la fraternité, par la famille, les amis, les sages, leur écoute et leur conseil.

La force de l'espérance, grâce à notre idéal, nos valeurs, nos rêves, ou la foi.

Ces forces peuvent nous permettre de vivre sereinement les événements graves ou joyeux de nos vies car nous pouvons alors exercer le travail de l'intelligence pour trouver le chemin, mettre en valeur la vérité, débusquer le mensonge, mesurer nos passions et poser un choix sans trembler. C'est prendre le temps du discernement. Le mot discerner vient du mot cribler. Le discernement, c'est passer au crible nos vies, nos idées, les appels que nous recevons pour poser un choix et agir. Enfin Saint Paul nous rappelle que "Tout concourt au bien de celui qui aime Dieu"(Rm 8,28). Aussi, que les bonnes résolutions de cette nouvelle année soient prises avec discernement. Bonne rentrée!

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  J'ai fait un rêve, la nuit de noël.

Je cheminais sur la plage, côte à côte avec le Seigneur.

Nos pas se dessinaient sur le sable, laissant une double empreinte,

La mienne et celle du Seigneur.

L'idée me vint - c'était un songe -

Que chacun de nos pas représentait un jour de ma vie.

Je me suis arrêté pour regarder en arrière.

J'ai vu toutes ces traces qui se perdaient au loin.

Mais je remarquai qu'en certains endroits,

Au lieu de deux empreintes, il n'y en avait plus qu'une.

J'ai revu le film de ma vie.

O surprise !

Les lieux de l'empreinte unique

correspondaient aux jours les plus sombres

De mon existence.

Jours d'angoisse ou de mauvais vouloir ;

Jours d’égoïsme ou de mauvaise humeur ;

Jours d'épreuves et de doute ;

Jours intenables .....

Jours où, moi aussi, j'avais été intenable.

Alors, me tournant vers le

Seigneur, j'osai lui faire des reproches :

" Tu nous a pourtant promis d'être avec nous tous les jours !

Pourquoi n'as tu pas tenu ta promesse ?

Pourquoi m'avoir laissé seul aux pires moments de ma vie ?

Aux jours ou j'avais le plus besoin de ta présence ? "

Mais le Seigneur m'a répondu :

" Mon ami, les jours où tu ne vois qu'une trace de pas sur le sable,

ce sont les jours où je t'ai porté. "

-Ademar de Barros, poète brésilien

Thème de la réunion du mardi 11 septembre 2018 à Rouen 

Extraits choisis

       Pour le pape François, l'appel à la sainteté, au cœur de la foi chrétienne, est on ne peut plus concret.

 

Réalisme

La Sainteté de l'église militante

J'aime voir la sainteté dans le patient peuple de Dieu: chez ces parents qui éduquent avec tant d'amour leurs enfants, chez ces hommes et ces femmes qui travaillent pour apporter le pain à la maison, chez les malades, chez les religieuses âgées qui continuent de sourire. Dans cette constance à aller de l'avant chaque jour, je vois la sainteté de l'église militante.

C'est cela, souvent, la sainteté "de la porte d'à côté ", de ceux qui vivent proches de nous et sont un reflet de la présence de Dieu, ou, pour employer une autre expression, "la classe moyenne de la sainteté ".

Ce que je voudrais rappeler par la présente exhortation, c'est surtout l'appel à la sainteté que le Seigneur adresse à chacun d'entre nous, cet appel qu'il t'adresse à toi aussi: " Vous êtes devenus des saints car je suis saint" ( Lv 11,44;cf. 1 P 1,16).($ 7-10)

Faire résonner l'appel à la sainteté

Il ne faut pas s'attendre, ici, à un traité sur la sainteté, avec de nombreuses définitions et distinctions qui pourraient enrichir cet important thème, ou avec des analyses qu'on pourrait faire concernant les moyens de sanctification.Mon humble objectif, c'est de faire résonner une fois de plus l'appel à la sainteté, en essayant de l'insérer dans le contexte actuel, avec ses risques, ses défis et ses opportunités.

En effet, le Seigneur a élu chacun d'entre nous pour que nous soyons" saints et immaculés en présence, dans l'amour" ( ép. 1,4).

 

Sainteté

Nous sommes tous appelés à être des saints

Pour être saint, il n'est pas nécessaire d'être évêque, prêtre, religieuse ou religieux. Bien des fois, nous sommes tentés de penser que la sainteté n'est réservée qu'à ceux qui ont la possibilité de prendre de la distance par rapport aux occupations ordinaires, afin de consacrer beaucoup de temps à la prière.Il n'en est pas ainsi. Nous sommes tous appelés à être des saints en vivant avec amour et en offrant un témoignage personnel dans nos occupations quotidiennes, là où chacun se trouve.

Es-tu une consacrée ou un consacré? Sois saint en vivant avec joie ton engagement. Es-tu marié? Sois saint en aimant et en prenant soin de ton époux ou de ton épouse, comme le Christ l'a fait avec l'église. Es-tu un travailleur? Sois saint en accomplissant honnêtement et avec compétence ton travail au service de tes frères. Es-tu père, mère, grand-père ou grand-mère? Sois saint en enseignant avec patience aux enfants à suivre Jésus. As -tu de l'autorité? Sois saint en luttant pour le bien commun et en renonçant à tes intérêts personnels.

 

Vulnérabilité

Le visage du père et celui du frère

Dans l'épaisse forêt de préceptes et de prescriptions, Jésus ouvre une brèche qui permet de distinguer deux visages: celui du Père et celui du frère. Il nous offre pas deux formules ou deux préceptes de plus. Il nous offre deux visages, ou mieux, un seul, celui de Dieu qui se reflète dans beaucoup d'autres. Car en chaque frère, spécialement le plus petit, fragile, sans défense et en celui qui est dans le besoin, se trouve présente l'image même de Dieu.

En effet, avec cette humanité vulnérable considérée comme déchet, à la fin des temps, le Seigneur façonnera sa dernière oeuvre d'art. Car " qu'est-ce qui reste, qu'est-ce qui a de la valeur dans la vie, quelles richesses ne s'évanouissent pas? Sûrement deux: le Seigneur et le prochain. Ces deux richesses ne s'évanouissent pas" ( Homélie du 13 novembre 2016).

 

Béatitudes

Le saint est une personne dotée d'un esprit de prière,qui a besoin de communiquer avec Dieu.Je crois pas à la sainteté sans prière. (gaudete et exsultate)

Il vaut mieux toujours être doux.

Il peut y avoir de nombreuses théories sur ce qu'est la sainteté, d'abondantes explications et distinctions. Cette réflexion pourrait être utile, mais rien n'est plus éclairant que de revenir aux paroles de Jésus et de recueillir sa manière de transmettre la vérité. Jésus a expliqué avec grande simplicité ce que veut dire être saint, et il l'a fait quand il nous a enseigné les Béatitudes ( cf. Mt 5,3-12; Lc 6,20-23). Elles sont comme la carte d'identité du chrétien.

Donc, si quelqu'un d'entre nous se pose cette question, "comment fait-on pour parvenir à être un bon chrétien? ", la réponse est simple: Il faut mettre en oeuvre, chacun à sa manière, ce que Jésus déclare le sermon des béatitudes. La douceur est une autre expression de la pauvreté intérieur de celui qui place sa confiance seulement en Dieu. En effet, dans la Bible on utilise habituellement le même mot anawin pour désigner les pauvres et les doux. Quelqu'un pourrait objecter: " Si je suis trop doux, on pensera que je suis stupide, que je suis idiot ou faible." C'est peu-être le cas, mais laissons les autres penser cela. Il vaut mieux toujours être doux, et nos plus grands désirs s'accompliront: les doux " posséderont la terre", autrement dit,ils verront accomplies, dans leurs vies, les promesses de Dieu. En effet, les doux, indépendamment des circonstances, espèrent dans le Seigneur,et les humbles posséderont la terre" et jouiront d'une grande paix (cf. Ps 37,9.11). En même temps, le seigneur leur fait confiance: "Celui sur qui je porte les yeux, c'est le pauvre et l'humilié, celui qui tremble à ma parole" ( Is 66,2). Réagir avec une humble douceur, c'est cela la sainteté!

 

Humilité

Je ne me réfère pas uniquement aux situations cruelles de martyre, mais aux humiliations de ceux qui se taisent pour sauver leur famille, ou évitent de parler d'eux-mêmes. gaudete et exsultate

L'humiliation te conduit à ressembler à Jésus

L'humilité ne peut s'enraciner dans le cœur qu'à travers les humiliations. Sans elles, il n'y a ni humilité ni sainteté.

Si tu n'es pas capable de supporter et de souffrir quelques humiliations, tu n'es pas humble et tu n'es pas sur le chemin de la sainteté. La sainteté que Dieu offre à son église vient à travers l'humiliation de son fils. Voilà le chemin! L'humiliation te conduit à ressembler à Jésus, c'est une partie inéluctable de l'imitation de Jésus-Christ: "Le Christ a souffert pour vous, vous laissant un modèle afin que vous suiviez ses traces" ( 1 P 2, 21).

Pour sa part, il exprime l'humilité du Père qui s'humilie pour marcher avec son peuple, qui supporte ses infidélités et ses murmures. C'est pourquoi les Apôtres, après l'humiliation, étaient "tout joyeux d'avoir été jugés dignes de subir des outrages pour le Nom de Jésus" (Ac 5, 41).

Je ne me réfère pas uniquement aux situations cruelles de martyre, mais aux humiliations quotidiennes de ceux qui se taisent pour sauver leur famille, ou évitent de parler bien d'eux-mêmes et préfèrent louer les autres au lieu de se glorifier, choisissent les tâches les moins gratifiantes, et même préfèrent parfois supporter quelque chose d'injuste pour l’offrir au Seigneur. Je ne dis pas que l'humiliation soit quelque chose d'agréable, car ce serait du masochisme, mais je dis qu'il s'agit d'un chemin pour imiter Jésus et grandir dans l'union avec lui. Cela ne va pas de soi et le monde se moque d'une pareille proposition.C'est une grâce qu'il nous faut demander:" Seigneur, quand arrivent les humiliations, aide-moi à sentir que je suis derrière toi, sur ton chemin."

 

Action

Qui désire réellement se sanctifier...

Celui qui veut vraiment rendre gloire à Dieu par sa vie, celui qui désire réellement se sanctifier pour que son existence glorifie le Saint, est appelé à se consacrer, à s'employer, et à s'évertuer à essayer de vivre les œuvres de miséricorde.

C'est ce qu'a parfaitement compris sainte Térésa de Calcutta: " Oui, j'ai beaucoup de faiblesses humaines. Mais il s'abaisse et il se sert de nous, de vous et de moi, pour que nous soyons son amour et sa compassion dans le monde, malgré nos péchés, malgré nos misères et nos défauts. Il dépend de nous pour aimer le monde, et lui prouver à quel point il l'aime. Si nous nous occupons trop de nous mêmes, nous n'aurons plus de temps pour les autres."

 

Diable

Une lutte constante

La parole de Dieu nous invite clairement à " résister aux manœuvres du diable" (Ep 6, 11) et à éteindre " tous les traits enflammés du Mauvais" (Ep 6,16). Ce ne sont pas des paroles romantiques, car notre chemin vers la sainteté est aussi une lutte constante.

Nous avons pour combat les armes puissantes de le Seigneur nous donne: la foi qui s'exprime dans la prière, la méditation de la parole de Dieu, la célébration de la messe, l'adoration eucharistique, la réconciliation sacramentelle, les œuvres de charité, la vie communautaire et l'engagement missionnaire.

Extraits choisis par J.-M. Dumont

 

 

11h messe à l'église d'Equeurdreville rue de la cité

vers 13h : repas partagé au centre paroissial 47 rue Ferdinand Buisson à Equeurdreville

15h : presbytère Notre Dame du Voeu 32 rue du président Loubet à Cherbourg sur le thème "Qu'avons-nous découvert cet été ? ... plein de pépites de joie à partager

seule ou avec vos enfants, vous êtes les bienvenues...

C'est avec une grande tristesse que nous avons appris le décès du père Pican le 23 juillet 2018. Monseigneur Pican a accompagné le mouvement Renaissance depuis 2012 en tant qu'aumônier national. Son mandat devait s'achever au 1er septembre. Ce fut une grande chance pour nous toutes de l'avoir connu pendant 6 ans.
Très discret d'abord, il a pris le temps d'écouter les souffrances, d'appréhender les problématiques des femmes en rupture de couple. Au fil du temps, il s'est beaucoup investi dans sa mission, n'ayant de cesse de proposer des idées et de nouer des contacts, à la conférence des Evêques, ou ailleurs.
Nous lui devons l'aide de nombreux intervenants de qualité lors de nos congrès et de nos réunions nationales. Ses conseils étaient toujours éclairés, empreints de délicatesse et de bienveillance.
C'est avec plaisir que nous lisons et relisons ses contributions à notre revue Partage et que l'équipe nationale se nourrissait de ses homélies "finement ciselées".

Père Pican, nous ne vous oublierons pas et nous vous portons dans nos pensées et nos prières.
Merci père Pican.

Pour le congrès 2018 de Renaissance, Mgr Crépy a accepté de nous faire une intervention intitulée "Oser le chemin de pardon". Le texte ci-dessous reprend son intervention afin que celles qui n'ont pas pu être présentes puissent en prendre connaissance et échanger sur ce thème en équipe.
Bonne lecture !!!

Introduction : Pas de pardon sans regard sur le mal et le péché

Il est important de prendre en compte la question du mal et du péché sinon on risque de parler du Pardon d’une façon un peu mièvre, un peu trop pieuse et qui n’aborde pas la question du mal.
Dans notre Foi chrétienne, nous savons que la question du mal a été affrontée par le Christ lui-même. La Croix c’est ce combat, c’est la victoire de l’Amour sur le Péché. Au cœur de notre propre foi il y a la mort et la résurrection du Christ et cela a à voir avec ce combat cette lutte cette conversion. Il faut resituer notre propre vie concrète qui peut être douloureuse et compliquée. Il faut prendre le recul nécessaire La question du mal et du péché ne regarde pas que moi, mon couple, mais elle traverse toute l’humanité depuis ses débuts.

I Oser affronter la question du Mal et du Péché

A une nécessaire prise de conscience

Cette question du Mal est toujours une question. Cf Livre de Job : ses amis lui disent que tout ce qui lui arrive de difficile et de douloureux est la faute de Dieu. Mais Job dit non. Il refuse d’attribuer le Mal à Dieu. Il met sa confiance en Dieu sans que la question du mal soit écartée définitivement. C’est une question qui demeure mais est surmontée par la confiance de Job. La question du mal est une question forte que porte toute personne.
Le mal et le péché nous renvoient aussi à nous-mêmes, à notre condition de pécheur, condition qui rend difficile une parole à prononcer. Nous sommes impliqués chacun et chacune d’entre nous dans cette question du mal. Nous ne pouvons pas nous en exclure. Quand nous regardons notre vie, nos propres expériences, nos peurs, il y a toujours cette question.
Le mal, le péché pardonné par Dieu dans le sacrement de réconciliation, pardonné par l’autre ou non pardonné. Le péché originel ne se transmet pas génétiquement. Dans chaque personne, il y a la liberté de choisir le bien ou le mal. Dans le processus de Pardon, je ne suis pas non plus quelqu’un qui est loin de tout mal, de tout péché. Cela ne veut pas dire que l’on excuse le mal que l’autre m’a fait. Il n’y a pas d’un côté la personne qui subit le mal et celle qui le commet.

B Oser affronter les lourds enjeux de la question du péché et du mal

C’est une expérience difficile, tant le mal subi que le mal commis. En tant qu’aumônier de prison, j’ai travaillé avec les détenus sur cette question du mal commis. Sans excuser le mal, comment avancer ? le mal que j’ai commis qu’est-ce que j’en fait ? comment se reconstruire avec ce mal ? La culpabilité empêche d’avancer. Je travaille également au sein de la conférence épiscopale sur la question de la pédophilie, des abus sexuels sur les enfants. On voit combien le mal subi détruit la personne. La blessure demeure mais devient moins douloureuse. Ce mal qui défigure l’homme, pose la question du sens de l’existence et de l’existence de Dieu : si Dieu existait il pourrait faire quelque chose.

Théologiquement : la question du mal est posée dès le début de la Bible. Dans la Bible, on trouve la première rencontre avec le mal : le serpent invite Adam et Eve à sortir de leur condition de créature pour devenir tout puissant. Le mal que l’on fait subir à l’autre est souvent un signe de toute puissance Le péché c’est sortir de notre condition limitée de créature. Les limites ne sont pas des choses négatives. Il y a des personnes qui vivent des situations de handicap, les limites ne sont pas alors perçues comme quelque chose de positif. Mais elles sont parfois capables d’en faire quelque chose de positif. Dans le couple, le désir de toute puissance s’exprime de différentes manières. Je ne respecte plus l’autre lorsque j’ai un pouvoir sur l’autre :pouvoir sexuel, affectif, d’argent, d’avoir. Ce pouvoir peut être très subtil.
Dans la vie religieuse on prononce des vœux de pauvreté, chasteté, obéisssance. Nous avons tous à travailler notre manière de vivre le pouvoir, notre sexualité, notre affectivité, notre manière de posséder l’argent. Dès le début de la bible, cette question est posée. Puis cela continue. Les deux frères, Caîn et Abel se battent et l’un tue l’autre. Tout le récit de la génèse est le récit de la foi, du peuple d’Israël. L’attachement de l’homme et de la femme : l’homme s’écrie de joie quand Dieu crée la femme. Avant de créer la femme il avait proposé à Adam de choisir un animal de la création ... mais cela n’avait pas suscité beaucoup d’enthousiasme chez Adam. Dès le départ, dans la genèse, la question du désir de toute puissance vient se poser. Dans notre foi chrétienne, la question du mal vient se poser. Est-ce que nous pouvons être libérés ? Est-ce qu’il y a un salut ? et là il y a le mystère pascal, le christ crucifié. Il faut affronter les lourds enjeux de la question du péché et du mal. Nous sommes tous des pécheurs pardonnés.

C quelques éléments à propos du Mal

Dans son livre, « Le pouvoir de pardonner », Lytta Basset donne une définition du mal: « le mal c’est ce qui fait mal ». C’est une définition qui part de l’expérience. Qu’est-ce que l’expérience du mal ? Pourquoi le mal ? On ne peut expliquer le mal après des siècles de réflexion.
Le mal provoque une expérience d’enfermement aussi bien pour celui qui le commet que celui qui le subit. Quel sens pour celui qui le subit ? Pour celui qui le commet ?
Parfois, il y a aussi quelque chose d’absurde , de déraisonnable. Le pardon va travailler à une certaine reconstitution du sens. « Il m’a fait ça, elle m’a fait ça. Quel sens ? »
Comment le pardon va être un lieu ou le sens va être possible après le mal subi ou commis.
Pour les détenus en prison, il y a du sens à reconstruire. Le pardon c’est le moment où le mal subi ne vient plus coloniser toute mon existence.

D Quelques éléments à propos du péché

Le péché est d’abord une notion théologique. Cela a à voir avec dieu. SI je ne suis pas croyant, faire du mal c’est commettre une faute. Aimer son prochain et aimer Dieu c’est le même commandement. Le péché touche notre relation à Dieu.

Père Sesboué : « Un mystère est source de lumière, tandis que le péché est obscurité par excellence. La décision pécheresse ne se justifie en rien ; elle n’a aucune raison. Elle ne peut donc être expliquée. Le mal en tant que mal est inintelligible : vouloir le comprendre est une contradiction dans les termes : ce serait le justifier intellectuellement. Le choix du mal est un abîme sur lequel on ne peut rien dire. Admettons donc que même le discours chrétien sur le mal et le péché ne boucle jamais complètement, comme si le mal jetait son voile d’ombre sur tout le reste. »

La notion de péché ne va pas éclairer la notion de mal. Le pardon de Dieu permet de sortir de cette obscurité, de faire jaillir la lumière dans l’obscurité du Mal. Accepter le don de Dieu c’est accepter que l’on ne peut se suffire à soi-même. Le pardon est l’accueil du don de dieu. Le don de dieu est une force pour sortir de nous-mêmes.

II La croix : du pardon des péchés à la vie nouvelle

On peut dire que le pardon est un chemin qui ne va pas laisser au mal le dernier mot. La Croix est le symbole de l’impuissance : les bras cloués sur une croix, les pieds cloués sur une croix, sans pouvoir bouger. C’est l’impuissance totale, l’inverse de la toute puissance, signe de la victoire face à la toute puissance du mal. La Croix, symbole de notre vie de baptisé, est invitation à un passage. La mort du Christ est un passage de la mort à la résurrection. C’est la manifestation qu’il faut abandonner la toute puissance pour rentrer dans l’humilité pour que le chemin de pardon soit possible. Le christ s’est anéanti jusqu’à la mort sur la Croix mais Dieu l’a ressuscité. Celui qui est fils de Dieu accepte d’aller jusqu’au bout, jusqu’à la croix.

Dans le christianisme, il y a quelque chose de radical, de nouveau pour aller dans la toute puissance d’amour. On ne peut parler de Dieu sans contempler le crucifié. Dieu s’est fait homme pour manifester que seul l’amour peut changer, peut affronter le péché. L’amour c’est le respect et le souci de l’autre. Dieu s’est fait homme et a affronté les péchés. Abandon de la toute puissance humaine pour aller dans la puissance de l’Amour. Dieu tout puissant est toute puissance d’amour. Si l’on oublie la croix, on risque de parler d’un Dieu qui n’est pas celui des chrétiens. Seule l’humilité de Dieu est offerte à l’homme (père Varillon).
La résurrection est signe que l’amour est vainqueur. L’amour est de l’ordre du don. Le pardon, le don, l’amour, l’humilité sont des termes que nous pouvons tricoter dans nos têtes chacun à sa manière. Le dernier mot de jésus sur la croix c’est « Père pardonne leur ». Il s’agit d’aimer comme Jésus nous a aimé et c’est difficile. Le chemin de l’Amour, le sens de notre vie c’est d’aimer comme le christ nous aime. Sommes-nous prêts à cela ? Le cœur de la Bonne nouvelle c’est que Dieu nous aime et que pour nous manifester son amour, il a pris chair. Oser le chemin de pardon c’est oser aimer comme Jésus nous aime.

III Le chemin nécessaire pour pouvoir pardonner

Dans son livre « Le pouvoir de pardonner », Lytta Basset distingue plusieurs étapes dans le chemin de pardon.

A Passer par la révolte, le ressentiment. Il n’est pas naturel de ne pas se révolter. Lyta Basset dit que le ressentiment est naturel. Si ton frère a commis une faute contre toi va le trouver et fais lui reproche. Il y a des gens qui subissent sans jamais se révolter : il m’a fait ça, et ça. La révolte permet de dire les choses, de mettre le mal à distance pour en prendre conscience.

B faire le deuil d’une compréhension totale : je ne peux pas tout comprendre de « pourquoi l’autre m’a fait du mal ». Ne pas juger permet de remettre l’autre en Dieu car lui seul connaît la clé. En prison, certains détenus racontent leur vie. Ils n’ont connu que des univers négatifs, des parents absents ou violents. Lyta Basset : « ne pas juger consiste à laisser à l’offenseur le mystère de son être ou plutôt à reconnaître en Dieu celui qui seul en détient la clé » Notre jugement est réducteur. La nature de l’acte commis est mauvais, comprendre n’excuse pas le mal. J’enferme parfois la personne dans son mal. Quand quelqu’un a volé, ce n’est pas qu’un voleur. Quelqu’un qui a tué n’est pas qu’un criminel. La personne est plus grande que ses actes. Reconnaissance du bien et du mal : le serpent qu’est-ce qu’il vient faire dans la Genèse ? J’enferme parfois l’autre qui m’a fait du mal dans ce rôle de mauvais. Cf livre de Daniel Pitet, témoignage d’un enfant abusé par un prètre. « Père, je vous pardonne ».

C le renoncement à la culpabilité : « c’est d’un même mouvement que l’on se pardonne à soi-même et que l’on pardonne à autrui. La démarche de pardon a cela de fascinant qu’elle est tout entière du côté de la personne affectée par le mal : celle-ci est la première à gagner. » Les enfants victimes de pédophiles se sentent coupables, ils ne parlent pas. La demande de pardon ne peut se faire que si l’on est sorti de cette culpabilité. Se pardonner à soi-même demande de renoncer à la culpabilité mortifère.

D Face à l’impardonnable, le renoncement à combler l’abîme d’un mal en excès : « le préalable majeur à un pardon authentique est précisément le renoncement à combler l’abîme d’un mal en excès : seul un pardon lui-même démesuré en est capable. » Pardonner ce n’est pas oublier mais transfigurer la mémoire du mal : « le souvenir du mal, humanisé, intégré et transfiguré, prend place dans un ensemble plus grand, à vrai dire dans cet ensemble infini où toutes les choses sont à la fois commémorées et restaurées, où la souffrance a mis au monde une vie au centuple ». Comment pouvoir intégrer, transfigurer, humaniser l’expérience du mal commis ou du mal subi ? La question du mal traverse toute l’histoire de l’humanité. Travailler dans le passé le présent et le futur : pour notre équilibre humain et spirituel, il faut articuler le passé, le présent et le futur. On rend grâce pour ce que Dieu fait aujourdh’ui, ce qu’il a fait hier et ce qu’il fera encore demain. Il n’est pas bon de vivre uniquement dans le passé, uniquement dans le présent ou uniquement dans le futur.

E Le pardon est un travail personnel. C’est une réponse individuelle . Pardonner est un travail personnel. Il n’est pas symétrique. Il ne restaure pas forcément la relation avec l’autre. C’est un acte personnel, positif par lequel on sacrifie librement la réparation à laquelle on a droit : on voudrait que le mal soit réparé. Le christ en croix se sacrifie.

IV Du pouvoir humain au pouvoir divin de pardonner

« Seule, notre acceptation profonde du mal subi à la manière du Christ Jésus, aux côtés des êtres qui nous l’ont fait subir, peut donner à la mort du Christ toute la valeur d’une offrande de vie. »
« Le pardon ne se définit pas mais sur son passage il laisse comme une signature : là où il y a eu pardon, la relation a primé, la relation à l’autre a eu la priorité. La signature du pardon épouse les contours du visage d’un autre - Autre : il devient clair que le pardon a fait son œuvre lorsqu’un visage s’interpose entre l’offensé et l’abîme du mal. La perception du visage de l’offenseur et, à travers lui, d’un visage Autre est l’indice que le mal ne fait plus mal et que le pardon est passé. » Ce visage est pour le chrétien, dans l’expérience du pardon, le visage du christ crucifié et ressuscité. La Bonne Nouvelle porte la signature du pardon.

Si l’on compare le pardon à un fleuve, et si l’on remonte le fleuve jusqu’à sa source, la source c’est Dieu, c’est le christ en croix qui pardonne. Sur la croix, Jésus demande à Dieu de pardonner aux hommes. Jésus pleinement Dieu et pleinement homme nous permet de contempler le pouvoir divin de pardonner. Tout au long de sa vie, Jésus a demandé pardon. Sur la croix, il a demandé pardon. Ce n’est pas magique. Le pardon passe par la Croix et s’est exercé par excellence sur la Croix.
Notre foi permet de réanimer en nous ce pouvoir divin de pardonner que nous pensions ne pas avoir.

Conclusion
Invitation à vivre en église. Notre monde a du mal à pardonner. Il faut rétablir et recréer toute relation brisée. C’est le Signe de l’union intime avec Dieu et de l’unité du genre humain. Il n’y a pas d’unité du genre humain sans pardon. Parfois nous ne sommes pas prêts. Il faut le facteur temps. Dans notre vie nous allons d’étape en étape, sinon le chemin semble vertigineux et abyssal. Avec le pardon, je sors du tombeau avec les marques de souffrance.

Témoignages du congrès du 5 au 7 mai, au Puy-en-Velay, par les participantes.