En janvier 1986, après 23 années de mariage, je me retrouve seule à la maison, avec un fils lycéen en seconde. L'aînée est mariée depuis 6 mois, l'aîné des garçons est étudiant et vit loin de la maison. Depuis 15 mois, la vie à la maison est tendue. Mon mari, après de longs mois d'hésitation, de va-et-vient, a décidé de quitter le domicile. En décembre 1987, il adresse au tribunal une requête en divorce. Trop affaiblie par un état de santé déplorable, je refuse cette demande. En septembre 1991, j'accepte de déposer une demande conjointe en divorce. J'ai accepté de regarder le présent, de m'obstiner à espérer l'impossible, de découvrir de nouvelles raisons de vivre. En juin 1992, le divorce est prononcé.Voici résumées en quelques lignes huit années d'enfer. Ma santé est devenue très précaire. Les questions matérielles m'occupent en permanence. Il n'y a plus de temps pour la détente et le ressourcement. Toutes les relations sont modifiées. Enfants, parents, amis, sont eux aussi bousculés par la situation, Peu à peu, toute rencontre est devenue souffrance, comme si, enfermée dans une cage de verre, je regardais le monde autour de moi, sans entendre, sans comprendre ce qui se vit à l'extérieur.Sortie de dépression, j'imagine que la rencontre avec d'autres femmes, vivant une situation identique me permettrait de me remettre debout. A l'occasion d'une journée de la famille organisée par le Diocèse d'Orléans, j'écoute le témoignage d'une femme seule avec quatre enfants : nous nous rencontrons et c'est ainsi que j'apprends l'existence du mouvement Renaissance. Pourquoi ne pas répondre aux souhaits de notre évêque en créant une équipe à Orléans ?Très vite, nous sommes un petit groupe de femmes traversant de semblables bourrasques. Chaque histoire est singulière et loin d'être l'occasion d'affirmer notre décision de nous remettre debout avec l'assurance que des sœurs se tiennent près de nous avec délicatesse, respect, tendresse, pour accompagner la renaissance de chacune. La solitude, le sentiment d'exclusion sont en partie brisés. Les années passent et le combat continue. La réconciliation avec soi-même, avec l'absent, n'est jamais achevée. Tant d'événements sont l'occasion de réveiller les blessures : mariage des enfants, naissance des petits enfants, fêtes de familles, vacances, etc.Comment accueillir en confiance ce passage biblique qui figure sur la page de couverture de tous les numéros de la revue du mouvement : « Ne vous souvenez plus d'autrefois, ne songez plus au passé. Voici que je fais un monde nouveau : il germe déjà, ne le voyez vous pas ? »(Is.43,18-19a).A la lumière de l'Evangile, dans un climat d'amitié vraie, je redécouvre que Dieu, lui, ne retire jamais son alliance avec chacun, que des pas neufs sont possibles, pour faire des choix pour l'avenir, certaine qu'un amour me précède, m'attend, me conduit. Jésus, tout au long de sa vie a manifesté sa tendresse aux blessés de la vie et aujourd'hui encore son amour vivant n'est pas réservé aux bien-portants. Il rejoint chacun sur ses routes d'errance et invite à sortir de la peur, de la culpabilité de l'échec.Dans l'écoute de mes sœurs, j'ai compris avec mon être tout entier, que ceux qui se séparent ne choisissent pas la facilité aussi différente que soit l'histoire de chaque couple. Leurs blessures sont des questions posées à notre Eglise, espérant qu'elle écoute, qu'elle témoigne de la tendresse de Dieu, qu'elle accompagne chacun sur son chemin, qu'elle invite à la joie et à la paix.Il y a encore beaucoup à faire pour que Renaissance soit connue dans notre diocèse, nos communautés, pour que Renaissance soit proposée à celles qui n'en peuvent plus de se battre seules et qui rêvent pourtant de marcher vers une source sans se sentir ni jugées ni condamnées.

 

Il m'a dit qu'il aimait une autre femme

Mon histoire est une histoire d'un bonheur formidable qui aura duré cinquante ans.J'ai eu des parents qui s'aimaient, qui ont éduqué leurs cinq filles en en faisant des femmes fortes, solides. J'ai toujours voulu être institutrice, et à quinze ans je suis entrée à l'Ecole Normale et j'ai rencontré mon mari. Première rencontre et unique amour. Nous nous sommes mariés à 20 ans et nous avons eu trois enfants qui ne nous ont posé aucun problème.J'ai passé près de lui trente-cinq années passionnantes, extraordinaires. J'étais tellement heureuse que parfois, quand je priais, je me disais que ce n'était pas normal, que j'étais trop heureuse !Dans une vie, tout le monde rencontre des épreuves... Et c'est bien ce qui est arrivé. Cela s'est passé très vite, en deux ans, simplement à cause des circonstances de la vie : un accident très grave, une situation professionnelle et financière difficile.Un jour, il m'a dit qu'il aimait une autre femme, la femme de notre meilleur ami qui venait de mourir, et que nous avions beaucoup entourée dans son deuil, et avec laquelle nous sortions, allions au cinéma, en vacances...Je m'étais aperçue combien ils étaient attirés l'un par l'autre, mais je n'ai osé rien dire et me suis sentie totalement impuissante. Mon mari est parti vivre avec elle. Je l'ai laissé libre : comment s'accrocher à quelqu'un qui ne vous aime plus ? Pour lui, cela n'aurait pas vivable.Sa décision était prise et je n'ai pas essayé de le retenir. Ce fut très dur. Dur pour les enfants, qui étaient pourtant adultes. Ce fut une vraie cassure, que mon mari a peut-être lui aussi mal vécu.Après 35 ans de vie commune, qu'allais-je faire de ma vie ? Un divorce, c'est une rupture, mais c'est aussi l'échec d'une aventure, l'échec de tous ses rêves.Rejetée, piétinée, humiliée, j'avais perdu confiance en moi et dans les autres : peut-on croire encore quelqu'un qui vous dit "Je t'aime" ? Je me suis sentie réduite à rien.J'ai eu alors trois chances : j'avais mes enfants et petits-enfants qui sont restés très proches de moi et m'ont comblée de leur tendresse ! J'avais mon métier : dans ma classe, avec mes petits, je ne pensais plus à rien. Et puis, j'avais la Foi. Je ne me suis pas révoltée et j'ai prié. Je me suis réfugiée dans la prière. J'y étais bien, Dieu était là. Lui ne me laisserait pas tomber. Dès le début, je me suis dit que le Pardon était incontournable et que je n'avais pas le choix : si je voulais réciter le Notre Père en vérité, il fallait y arriver ! Petit à petit, j'ai fait du chemin. Il fallait se tourner vers cette voie. Tant qu'on est dans la rancœur, l'hostilité, la haine, on ne peut pas vivre. Et le Pardon est une voie pour revivre, repartir. Je l'ai vécu.Pour y parvenir, je me suis investie dans des mouvements, au Secours Catholique. J'ai fait de l'accompagnement scolaire dans diverses familles, en précarité, en souffrance, ce qui m'a permis de relativiser ce qui m'arrivait. Et puis, j'ai rencontré Renaissance, un mouvement chrétien, qui accompagne les femmes en rupture de couple. Parler avec des femmes qui avaient connu la même souffrance, pouvoir dire en liberté tout ce qu'on a sur le coeur m'a aidée. Nos histoires sont différentes, le même ressenti, la même révolte, le même cheminement. J'ai rencontré des femmes formidables qui se battent pour elles, pour leurs enfants, qui veulent retrouver leur dignité, leur place. Entre femmes, on peut tout se dire... Et la parole libère, aide à évacuer. Mais j'ai découvert aussi qu'il ne fallait pas ressasser et, à Renaissance, on ne ressasse pas. Une fois qu'on a raconté son histoire, on n'en parle plus, on chemine ensemble, on se rencontre pour réfléchir, pour prier, on accueille les nouvelles, on pleure avec elles, et on repart ! Et, aujourd'hui, je sais parler à une femme délaissée par son mari, je sais comment l'aider.Je vis seule depuis dix ans et je me sens de mieux en mieux. Je n'ai pas voulu me remarier, contrairement à beaucoup de femmes de Renaissance qui retrouvent un compagnon. En effet, ce mouvement n'est qu'un mouvement de passage. Mais moi, non. J'ai été trop heureuse avec mon mari. Je l'ai tellement aimé que les autres hommes me semblent fades. Ils ne savent pas me faire rire autant que lui. Et puis, j'apprécie ma liberté, ma vie est remplie d'occupations, d'engagements, que je n'ai plus envie d'abandonner. J'ai la chance de supporter la solitude et d'avoir mes enfants autour de moi. Il n'y a plus de place pour un homme dans ma vie : elle est trop remplie par les autres et par Dieu.

 

 Après 14 années de mariage avec des hauts et des bas, mon mari est parti avec une « autre ». Ce fut un choc, mais le quotidien (maison, enfants, travail) m'a maintenu la tête hors de l'eau et m'a permis de continuer à avancer seule.Toutefois, même si la famille, les amis étaient très présents, le cafard m'envahissait de plus en plus souvent. C'est à ce moment-là que j'ai frappé à la porte de Renaissance. J'ai rencontré des femmes qui vivaient ou avaient vécu la même chose que moi. J'ai réalisé que je ressentais les mêmes choses qu'elles avaient connues ou qu'elles connaissaient. J'ai compris que ma reconstruction passait par des étapes identiques au deuil : tristesse, rancune, doutes, pardon et renaissance. Le partage de ces expériences et de la Foi m'ont consolidée, rassurée, j'ai pu vivre ma solitude plus sereinement.Un coup de cafard, un souci avec un enfant, une bonne nouvelle, et toujours une amie de Renaissance à qui le confier.Lors des réunions, nous abordons des thèmes qui me nourrissent positivement et me permettent de réfléchir sur ma Foi.Aujourd'hui, je me sens Femme et non plus Divorcée. C'est une nouvelle étape !