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"L'important , ce n'est pas d'arriver, c'est d'être en chemin ..." Albert Schweitzer

UN CHEMIN



Quand on est chrétien, la vie spirituelle se fonde totalement sur la confiance en Jésus-Christ: croire qu'il est ressuscité de la mort, et que tout malheur qui nous arrive est appelé à être accompagné par le Christ vivant. Cette confiance là est appelée à nous procurer la paix, à nous faire lâcher prise. Cela veut dire que le chemin humain et le chemin de foi sont à la fois distincts et appelés à être articulés. Le Stoïcisme, le Bouddhisme sont des philosophies qui prônent le lâcher prise, l'entraînement du corps à vivre l'acceptation paisible de l'épreuve et de la mort. Ce sont là des chemins spirituels mais pas religieux. Les Bouddhistes vivent le silence pour le silence dans l'acte méditatif. Il n'y a pas de confiance intérieure donnée à Dieu qui serait là, présent: "Seigneur, me voici", "Seigneur, je suis là, viens", avec la certitude que Dieu est déjà présent en nous et qu'il nous transforme. Les ressources bouddhistes sont les livres; c'est un chemin qui fait son travail tout seul, dans le silence. Sur son chemin, le chrétien a pris conscience que quelqu'un est avec lui, marche avec lui: ses ressources étant la prière, la lecture de l'écriture, les sacrements.


Alors, quel chemin après une épreuve?


1ère étape: la sidération (le sentiment de mort), voire la tentation du désespoir. Situation à rapprocher de Jésus qui dit:"Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné?". Ne pas désespérer, c'est alors se tourner résolument vers le ciel: "Rien ne pourra nous séparer de l'amour de Dieu manifesté en Jésus-Christ." (Romains, chapitre 8 )

2ème étape: Consentir intérieurement à ne pas rester dans le malheur, à le dire à Dieu et à un autre humain. On peut penser à Anne, stérile, qui ne produit pas de fruit dans sa vie et vient au Temple pour demander à Dieu de lui enlever sa honte (au VIIIe siècle avant Jésus-Christ, la stérilité était désastreuse, considérée comme honteuse).

3ème étape: Accepter d'être présent à soi-même dans tout son corps.Nous sommes appelés à prier avec tout nous-mêmes. Il y a plusieurs psaumes qui disent la douleur du corps dans l'épreuve qui arrive (psaume 39). D'où l'importance ici d'être présent à soi-même et d'accepter de retrouver une sensibilité par le sport et diverses activités.

4ème étape: Consentir à faire la vérité sur soi, sur ce qui s'est passé, sur son histoire, avec l'idée chrétienne que "la vérité vous rendra libres" comme dit Jésus dans l'Evangile de Jean. Discerner dans ce qui s'est passé ce qui vient de moi, ce qui vient de l'autre, ce qui vient de la vie, des événements extérieurs. Demander Pardon à Dieu pour les choses difficiles qui viennent de moi. Dieu ne nous juge pas, mais nous appelle à nous relever. Il nous faut retrouver une autonomie spirituelle.

5ème étape: Se détacher intérieurement des personnes qui nous ont blessés. Ne pas se focaliser sur les gens qui nous ont blessés, se libérer des liens qui nous lient à ces personnes. Cela peut prendre des années. Ne pas continuer non plus à les haïr. Investir plutôt dans les paroles de Jésus:"Père pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu'ils font."

6ème étape: Prendre conscience qu'à partir de nos fragilités, Dieu peut nous faire porter du fruit.La fragilité peut nous rendre plus présent aux autres, plus enclin à la compassion. Il est utile de relire à ce sujet "la guérison de l'aveugle-né" (Jean, chapitre 9, verset 3). Dans cet épisode,les disciples demandent à Jésus: "Qui a péché?". La réflexion sur la culpabilité ne sert à rien. Jésus dit: "Arrêtez de chercher qui a mal fait"; dans la fragilité et la cécité de cet homme aveugle-né, l'amour de Dieu va se manifester. Il en est de même pour nous, l'agir de Dieu va se manifester dans notre fragilité. Là, nous sommes en plein dans la confiance, donc en plein dans la foi chrétienne.

7ème étape: Retrouver ma conscience que l'on est digne d'exister et donc appelé à vivre.Cette conscience-là donne de la joie. Dans la Genèse, on lit:"Tu nous as créés pour vivre". Et dans Jean, au chapitre 10, verset 10, Jésus dit:"Je suis venu pour qu'ils aient la vie et qu'ils l'aient en abondance."

En conclusion, l'épreuve nous impose un dépouillement, nous amène à chercher des ressources spirituelles pour vivre.La foi en Jésus ne nous ôte pas nous blessures, qui laissent en nous des traces indélébiles dans notre corps et notre coeur. Mais cette foi en Jésus nous donne de RE-EXISTER, et cela procure de la JOIE. C'est cela l'expérience de la joie.Des liens ont été perdus, parfois même l'appartenance à des groupes entiers (amis, famille). Comment alors redevenir quelqu'un? Cela demande d'habiter le présent, et non le passé ou le futur. Cela demande un abandon à Dieu, à la Providence Divine. Habiter le présent, ce peut être aller à la messe, aller dans une chorale, au cinéma, au musée, au jardin ... Mais aussi être attentif aux sourires, aux propositions de sorties. L'important, c'est d'être ouvert et de ne pas avoir peur de son image: prendre soin de nous, de notre corps, de notre visage pour nous accepter et accepter l'image que nous renvoie notre miroir. Ne pas avoir peur de pousser des portes, pour entrer dans un groupe par exemple. Paul dit "La peur doit être mise dehors" parce qu'elle nous fait rester dans la mort.

Dieu nous dit: "choisis la vie ou la mort." Choisissons, avec Lui, La VIE.

Dans le Nord, des femmes de Renaissance ont eu l'occasion de participer à des journées SeDiRe. Elles vous font partager les moments forts de ces journées.

Le 20 octobre 2013 à Raismes, diocèse de Cambrai

Présidée par Monseigneur Garnier, archevêque de Cambrai, cette journée avait pour thème "Se reconstruire". Trois femmes de Renaissance étaient présentes, dont Elisabeth, notre présidente, qui a pu présenter le mouvement.

Le fil conducteur de la journée était l'Evangile des pélerins d'Emmaüs. L'abbé Tiersen nous a invités à prendre le temps de le relire et de le méditer. Jésus chemine, "fait route avec eux", sur leur chemin, dans leur direction, à leur rythme. Il ne s'impose pas, il se propose. Son attitude est bienveillante:face à lui, l'autre se sent écouté. Il ne dit pas "arrêtez de pleurer". il ne colmate pas les brèches mais il est présent.

Cet évangile peut se revivre sur des années, avec des étapes, dans une vie marquée par une blessure. La reconstruction passe par les larmes: "leurs yeux étaient empêchés de le reconnaître", de reconnaître aussi ce en quoi nous avons pu nous tromper. Nous avons à convertir sans arrêt notre regard.

La pédagogie très dynamique de cette journée a permis des échanges vrais en toute simplicité. Chaque participant fut invité à inscrire sur une brique (une vraie ! c'est le matériau traditionnel de construction et de reconstruction de la région ...) les mots qui concrétisaient ce qui avait bougé en lui au cours de la matinée, au fil des échanges autour d'une table de huit personnes.

A la célébration qui clôturait la journée, ces briques ont permis de construire une "Table de la Parole", sur laquelle on a posé la Bible. Belle symbolique pour les participants, des personnes en reconstruction après un divorce, dont certaines estiment ne plus avoir le droit de s'approcher de la table de l'Eucharistie.

Dans le Nord, des femmes de Renaissance ont eu l'occasion de participer à la journée SeDiRe, le 7 avril 2013 à LILLE, avec Monseigneur Noyer, ancien évêque d'Amiens. Elles vous restituent les moments forts de cette journée.

"Cette journée nous offre un moyen de chercher une cohérence pastorale, à partir de la parole d'un évêque et pour l'ensemble de l'Eglise." (R Delecroix, délégué à la Pastorale Familiale du diocèse)
"Le divorce, c'est une rupture avec le conjoint, mais pas seulement: c'est aussi une rupture avec l'Eglise, d'où une double peine. Le divorce, c'est une rupture avec tout, sauf avec Dieu. La mort de Jésus est inconditionnelle; elle dépasse toutes les ruptures et toutes les morts". (Fabienne, responsable SeDiRe, divorcée-remariée).

Intervention de Monseigneur Noyer.

J'avais envie de regarder ce que les hommes vivent. Nommé évêque, je me suis dit qu'il fallait faire avancer la question des divorcés-remariés. J'espère que l'Eglise a quand même atteint un niveau plus pastoral, montrant le regard du Christ posé sur nous, qui est une Bonne Nouvelle.

Il existe deux types de relations entre les hommes: l'ordre des sentiments (promesse) et l'ordre de la loi (contrat). Le mariage est au coeur de ces deux ordres. La Bible mélange toujours l'aspect promesse (Abraham) et l'aspect contrat (Dieu donne une loi à Moïse).

Mais Jésus dit que la loi n'est qu'un instrument. Ce qui est plus profond, c'est l'amour. L'Eglise, en célébrant le sacrement de mariage, célèbre une promesse humaine comme étant le signe de l'Amour de Dieu....une trace de Dieu.Elle a raison de célébrer ce qu'il y a de beau dans cet élan des coeurs. C'est de l'ordre de la promesse folle ("je t'aimerai sans condition"). Lorsque je célèbre un mariage, je célèbre une utopie.

L'Eglise doit aider l'histoire d'amour en faisant le mieux possible. La faute est du côté du droit et la culpabilité est du registre de la loi. Le pardon ne peut pas passer du côté du droit, mais du côté de l'amour (cf parabole de l'enfant prodigue). La première chose que Jésus fait, c'est délivrer un malade de sa culpabilité: "tes péchés te seront remis". Dieu est un Père qui attend toujours celui qui est parti.

Diaconia nous a invités à être inventifs pour servir la Fraternité:"La vie mêlée, lieu de la révélation". Etre prêtre, c'est d'abord être pasteur, aimer les gens, même s'ils ne sont pas parfaits, donner du sens à ce qu'ils vivent, entrainer ses interlocuteurs sur un chemin d'amour.

Comment faire avancer les choses?

S'agissant du mariage: La préparation se fait de mieux en mieux, même si elle n'est pas parfaite. Mais une journée, un week-end, c'est court. Et longtemps, l'Eglise n'a su que parler, pas dialoguer pour rejoindre les gens dans leur vie. Pour certains, pour qui le mariage est un rite social et non une promesse devant Dieu, pourquoi ne pas proposer une prière à l'Eglise, sans sacrement? Créer une cellule de crise pour les couples en difficulté. Nous sommes dans un monde qui n'accepte pas l'échec.

S'agissant du divorce et du remariage: L'Eglise est un peuple. Rien ne bougera si on ne bouge pas ensemble. Le peuple de Dieu est divers. Il faut remettre l'Histoire d'Amour au coeur de la Foi. Un travail de communication est nécessaire. L'Eglise est une famille d'accueil, elle ne peut rejeter ses enfants. On ne peut pas admettre qu'on soit dans une Eglise qui a déjà pratiqué le Jugement Dernier (cf pastorale des détenus). L'Eglise, ce sont des hommes et des femmes avec leurs péchés, pas les bien-pensants. Ce qui revient souvent dans un divorce, c'est la souffrance de part et d'autre. il faut annoncer les prières à l'occasion d'une nouvelle union, où bien entendu, il n'y aura pas sacrement. Et rendre compte que cela s'est passé ainsi. L'Eglise doit se convertir à l'Evangile. Son discernement est important.

Il est nécessaire d'inventer des lieux d'accueil, d'écoute, et de leur donner une bonne visibilité. Il est nécessaire d'être pratique: voir ceux qui aident, pas ceux qui enfoncent. Le divorce peut être une grâce qui met en situation de pauvreté. De toute chose, on peut tirer du bon. C'est l'occasion d'un sursaut. La parole qui sauve est importante. Les silences aussi, les silences de compassion par exemple.