Relisons, méditons, apprenons par coeur ce texte magnifique de Paul (1 co 13, 1-8)

Sans l’amour nous ne sommes rien, nous sommes faits pour aimer. Et cela reste vrai lorqu’on a été très blessé(e).
Nous sommes créés à l’image et à la ressemblance de Dieu (Gn 1,26) qui est un Dieu d’amour et de relation intense netre le Père, le Fils et l’Esprit. Nous sommes donc des êtres de relation et d’amour.
Mais l’amour humain a des formes diverses et différentes. Après les blessures du divorce ou du deuil, on peut aimer autrement parce que quelles que soient les circonstances, notre capacité à aimer reste immense. Certains choisissent la fidélité au sacrement de mariage, d’autres s’engagent vers une nouvelle union. Dieu respecte tous nos choix.

Mais le choix essentiel qui doit orienter toute notre vie, c’est le choix de la vie (relire ce beau texte Dt 30 « Choisi donc la vie ! »). Certains de nos choix nous mènent à des impasses qui ne nous construisent pas. Certaines personnes se complaisent dans leurs souffrances.

Choisir la vie, c’est inventer sa vie à travers des sentiers parfois nouveaux et inconnus, parfois plus abrupts, qui paraissent difficiles.

La vie est un cadeau gratuit : vivre c’est partager ce cadeau. Le garder pour soi seul c’est mourir.

Méditation biblique : (Jn 4, 5-30) Jésus rencontre la Samaritaine.
La première parole de jésus à cette femme « Donne moi à boire » c’est-à-dire comme sur la croix « J’ai soif ».
Face à cette soif qui lui est exprimée, la femme met des obstacles. Le 1er obstacle est social, en raison de l’opposition entre les Juifs et les Samaritains et de la barrière culturelle entre les hommes et les femmes. Le second obstacle est matériel : Jésus n’a rien pour puiser de l’eau (4,11). Le 3ème obstacle est moral : cette femme n’a pas de mari. Jésus révèle à la samaritaine la grande soif d’amour qu’elle n’a jamais réussi à apaiser. La vraie soif c’est d’aimer et d’être aimé. Dieu, lui aussi, connaît cette quête incontournable. Il a soif de l’amour des hommes.
Ce passage de Jean intitulé « l’eau vive » souligne la soif réciproque de Dieu et des Hommes, cette soif inextinguible qui nous pousse sans cesse à aller chercher dans le plus profond de notre coeur la source de cet amour.

Intervention du père Guy de LACHAUX, dans le cadre d’une retraite pour les personnes divorcées en toutes situations, mai 2009, Centre St Hugues de Biviers, Compte-rendu rédigé par Michèle MARTIN pour la revue Partage de Septembre 2009

La Paix est un thème récurrent dans les Evangiles. Dès la naissance de Jésus (Lc 2,1-4) les Anges louent Dieu « Gloire à Dieu et Paix sur la terre aux hommes objets de sa complaisance ». La Paix aux hommes fait la gloire de Dieu. Après le divorce, comme après toutes les turbulences de la vie, s’impose le besoin de sérénité, d’apaisement, d’harmonie intérieure.

Trois pistes sont nécessaires pour avancer vers la Paix, qui n’efface pas les souffrances mais permet de les appréhender autrement.
- oser faire la vérité
- oser le pardon
- retrouver le chemin de la confiance

-1ère piste : oser faire la vérité « La vérité fera de vous des hommes libres » Jn 8,32

Oser rechercher la vérité c’est trouver des chemins de liberté. Face à la déstructuration du divorce, certain(e)s cachent, enfouissent la vérité sous un couvercle. D’autres s’étourdissent par trop d’activités.

Il faut oser regarder la vérité et oser traverser la mort du divorce pour retrouver la vie, lutter contre ce cancer qui ronge le coeur.
Ce chemin ne peut pas être parcouru seul(e) sinon on tourne en rond. Ne pas être seul, ce la veut dire qu’il faut trouver au moins une personne qui écoute, ou ce qui est mieux, un groupe de parole. Il faut ouvrir un espace de parole pour verbaliser son histoire.

Dans le récit des pèlerins d’Emmaüs (Lc 24,13-35), Jésus, très habilement, pose une question qui va déclencher leur parole. Ils expriment leur mal-être et Jésus les écoute.
Il faut que la souffrance sorte sinon elle étouffe. Parler fait prendre de la distance avec la souffrance. Parler c’est se raconter, laisser monter son émotion pour l’exprimer, dire sa colère, son désarroi, ses incompréhensions, sa rancoeur, ses avancées , ses découvertes.

Parler en groupe permet de se faire éclairer par l’histoire des autres, tout en sachant que personne n’a la solution à la place de l’autre. Lentement va se mettre en place un chemin de vérité. Et sur ce chemin, l’Église dévoile son trésor -la Parole de Dieu- qui s’adresse déjà aux malades, aux blessés, aux souffrants. Les foules suivaient Jésus parce que de lui émanait une puissance de guérison soutenue par la Parole.

La Parole de Dieu doit être au centre de ces groupes qui accompagnent les personnes en souffrance.

La Parole de Dieu nous questionne, nous met en mouvement, nous structure, déplace notre conscience, nous donne la force de Dieu pour nous relever.

Pour accompagner les personnes divorcées, il faut
- aller vers elles, les rejoindre comme Jésus avec les Pélerins d’Emmaüs, car souvent elles se cachent.
- les écouter
- avoir et donner le goût de la Parole de Dieu

La confiance et la vérité partagées dans ces groupes libèrent de ce qui ligote et empéche de vivre.

2ème piste : oser le pardon

Le Pardon est une question difficile : ce n’est pas une question de morale, c’est une question d’égoïsme. La pardon libère de cette histoire qui gangrène – le pardon c’est déjà pour moi !

La pardon doit venir de moi, sans attendre quelque chose de celui (celle) qui m’a blessé(e). Mais le aprdon n’est pas possible au début car il ne peut s’envisager que sur les chemins du deuil.

A vue humaine, le pardon peut être impossible. C’est pourquoi le christ invite à une prise de conscience
- le pardon, nous avons déjà à le recevoir pour nous. Ce sont les paraboles de « la paille et de la poutre » (Lc 6,39-42) et du débiteur impitoyable (Mt 18,23-38). Dans ces récits, Jésus nous dit « regarde toi et fixe le pardon que tu vas recevoir ».

Pour cheminer vers le pardon, il faut regarder Dieu, car le pardon est au coeur de Dieu qui, Lui, sait pardonner à l’infini (Mt 18,23 – pardonner 70 fois7 fois).
C’est la belle parabole du fils prodigue (Lc 15,11-32). Pour revivre, il faut pardonner mais en passant par la « petite porte » - confier l’autre à Dieu dans la prière et demander à Dieu de pardonner à notre place. Le pardon est un cadeau que l’on fait déjà à soir et c’est un cadeau que l’on attend longtemps.

3ème piste : retrouver le chemin de la confiance

Pour cela, il faut relire l’itinéraire de Pierre. Pierre a confiance ne Jésus mais encore plus en lui-même. Il se sent propriétaire de la destinée du Christ. Pierre dit à Jésus qu’Il est le Fils de Dieu (Mt 16,16) et Jésus le fait chef de son groupe (Mt 16,17-19) mais, à la première annonce de la Passion, Pierre s’oppose à Jésus : « Cela ne t’arrivera point » (Mt 16,22). Alors Jésus l’interpelle « Arrière Satan, tu me fais obstacle » (16,23).
Puis, au chapitre 26 de Matthieu, Pierre, toujours sûr de lui, assure que lui ne trahira jamais son maître (26,31-33 et 35) et c’est l’annonce de son reniement (v 34).
Effectivement, Pierre va fuir (26,56) et renier le Christ (26,69-75).
Mais Jésus va rétablir Pierre dans son rôle de chef de l’Église au bord du lac de Tibériade. Tois fois, il lui demande « m’aimes-tu ? » et trois fois il lui redonne la mission d’être le Pasteur de son troupeau (Jn 21,15-17).
Jésus fait confiance de nouveau à Pierre qui retrouve toute sa confiance en lui. Jusqu’au bout, il accomplira sa mission.

Intervention du père Guy de LACHAUX, dans le cadre d’une retraite pour les personnes divorcées en toutes situations, mai 2009, Centre St Hugues de Biviers, Compte-rendu rédigé par Michèle MARTIN pour la revue Partage de Septembre 2009

La culpabilité est un sentiment sournois, souvent lié à l’impression de porter une étiquette sur le front, une étiquette que les autres me donnent ou que je m’inflige à moi-même.

D’où vient la culpabilité ?
- elle peut venir de l’enfance quand elle est due à l’éducation reçue, à l’Église, à l’éducation religieuse (Pense aux autres, ne pense pas à toi!)
- elle peut venir de nos faiblesses, de nos manques de discernement. Elle est alors due à moi-même, si j’ai un regard négatif sur moi.

Il faut apprendre à se regarder comme Dieu nous regarde, avec beaucoup de douceur, de tendresse, de compréhension.

Qu’est-ce que la culpabilité ?

Elle a plusieurs formes :
- la culpabilité vis-à-vis de moi-même : elle provient de ce que je ne corresponds pas à l’image que je voudrais avoir ou que je veux donner de moi aux autres. La culpabilité est la distance entre ce que je suis et ce que je voudrais être. Si la distance n’est pas trop importante, elle aide à nous pousser vers l’avant et à nous dépasser. Si elle est trop grande, elle mène au refus de soi, à la dépréciation culpabilisante.
- la culpabilité face au mal qu’on a fait à l’autres, c’est la culpabilité extérieure
- la culpabilité indirecte concerne ce que je n’ai pas fait et aurais dû ou pu faire.

La difficulté est que ces trois formes de culpabilité se mêlent dans notre psychisme.

Méditation du passage Jn 8,3-11 La femme adultère
Cette femme est dans une situation de honte totale, maximale -prise en flagrant délit, elle est mise au centre du groupe mais personne ne lui parle : on parle d’elle mais on ne lui parle pas à elle.
Face à cette honte et cette culpabilité, Jésus dit « je ne te condamne pas ». Sa réponse, très habile aux hommes si prompts à juger, démontre que tous les humainssont du même côté : il n’y a pas les pécheurs d’un côté et les non pécheurs de l’autre – nous sommes tous des pécheurs, mais des pécheurs pardonnés.

Intervention du père Guy de LACHAUX, dans le cadre d’une retraite pour les personnes divorcées en toutes situations, mai 2009, Centre St Hugues de Biviers, Compte-rendu rédigé par Michèle MARTIN pour la revue Partage de Septembre 2009,

Le divorce est un séisme, même s’il se « passe bien ». C’est un séisme qui ébranle tout: rien, ni personne n’en sort indemne. Certaines choses sont détruites, d’autres restent très ébranlées, d’autres tiennent encore parce que les fondations étaient plus solides.

Ce séisme atteint
- l’organisation matérielle du couple et de la famille
- l’équilibre psychique et affectif, surtout la confiance en soi : « Il (elle) ne me regarde plus, je ne compte plus, je ne suis plus aimé(e), donc je ne suis plus aimable »
- l’équilibre relationnel : la plupart des amis, ne voulant pas prendre parti, fuient.
- l’équilibre spirituel : certaines personnes n’osent plus entrer dans une église.

Ce qui est le plus touché c’est l’identité de la personne : qui suis-je maintenant ? Quel sens à ma vie ? Pour qui dois-je encore vivre ?

Il y a un ressort de la vie qui est atteint, c’est la confiance en soi, en l’autre, en la vie, en l’avenir, en Dieu.

Sur le chemin de la reconstruction, il y a des « faux sentiers ».
- se replier totalement sur soi
- se laisser emporter par trop d’activités
- se remettre trop vite en couple

Le seul vrai sentier est certes difficile : il faut accepter de refaire consciemment le chemin de son malheur, accepter de poser un regard sur ce qui s’est passé, essayer d’analyser pour comprendre ce qui n’a pas fonctionné.
Il faut regarder son histoire, laisser Dieu me regarder avec mon histoire, laisser l’autre me regarder avec mon histoire.

Les regards nous accompagnent toute notre vie. Certains regards font douter et peuvent détruire. D’autres construisent et font espérer : le regard affectueux des parents construit l’enfant ; le ragrd des parents, doux ou sévère, nous poursuit toute notre vie.
Et le regard de Dieu ? Certains le redoutent, d’autres y retrouvent vie.

Quel était le regard de Jésus-Christ sur les gens ?
Les quatre évangélistes insistent sur l’importance du regard de Jésus sur ceux qu’il rencontrait. Ce n’est jamais un regard de jugement, c’est un regard qui redonne vie.

Méditation de passage biblique (Lc13,10-17) : la femme courbée.

Cette femme n’est pas nommée. Elle symbolise l’humanité souffrante. Cette femme courbée ne pouvait regarder que ses pieds depuis 18 ans. Elle ne pouvait croiser aucun regard. Elle était sûrement noyée dans la foule des femmes venues à la synagogue et pourtant Jésus la voir. Jésus voit surtout ceux que les autres ne voient plus. Jésus traverse la foule, s’approche et la touche. Elle se redresse. Elle peut enfin croiser le regard des autres et son premier regard s’est posé sur Dieu.
Le chef de la synagogue ne « voit » que la Loi du Sabbat à respecter. Le regard de Jésus sur ses détracteurs les remplit de honte. Quant à la foule, en voyant ce signe, elle se réjouit.
Dans ce tout petit passage, le lecteur de la Bible se rend compte de l’importance des regards.

Intervention du père Guy de LACHAUX, dans le cadre d’une retraite pour les personnes divorcées en toutes situations, mai 2009, Centre St Hugues de Biviers, Compte-rendu rédigé par Michèle MARTIN pour la revue Partage de Septembre 2009,

Les équipes Renaissance de l'Ouest se retrouveront les 22 et 23 juin 2019 chez les Bénédictines de Bayeux pour une récollection régionale.

Le programme est en cours de préparation. En voici les grandes lignes afin de vous inciter à vous inscrire !

Il comportera des temps d'enseignement sur le thème de l'Eucharistie et des temps de visite (visite guidée de la cathédrale et de la salle du chapitre).

Le dimanche après-midi, pour celles qui n'habitent pas trop loin et ne sont pas pressées de reprendre la route, il vous sera proposé une visite de la tapisserie de Bayeux.

Un petit rappel:

L'assemblée générale de Renaissance aura lieu les samedi 27 et dimanche 28 avril 2019 à la Maison d'accueil de la Basilique du Sacré Coeur de Montmartre.
La date limite d'inscription était fixée au 28 février 2019.

Pour celles qui ne se sont pas encore inscrites, il est encore temps de le faire !!!
Mais ne tardez pas trop !

Les inscriptions sont à envoyer à la trésorière nationale par courrier :
Brigitte Enguerrand
56 avenue Jacques Chastellain
Ile Lacroix
76100 Rouen

Si vous avez égaré le bulletin d'inscription ou le programme de l'AG, vous pouvez les redemander par mél
à : brigitte.enguerrand@free.fr (trésorière nationale)
ou
à : isabelle.bigot7@wanadoo.fr (secrétaire nationale)

Pour télécharger le bulletin inscription:

  • bulletin inscription
  • C'est avec une grande tristesse que nous avons appris le décès du père Pican le 23 juillet 2018. Monseigneur Pican a accompagné le mouvement Renaissance depuis 2012 en tant qu'aumônier national. Son mandat devait s'achever au 1er septembre. Ce fut une grande chance pour nous toutes de l'avoir connu pendant 6 ans.
    Très discret d'abord, il a pris le temps d'écouter les souffrances, d'appréhender les problématiques des femmes en rupture de couple. Au fil du temps, il s'est beaucoup investi dans sa mission, n'ayant de cesse de proposer des idées et de nouer des contacts, à la conférence des Evêques, ou ailleurs.
    Nous lui devons l'aide de nombreux intervenants de qualité lors de nos congrès et de nos réunions nationales. Ses conseils étaient toujours éclairés, empreints de délicatesse et de bienveillance.
    C'est avec plaisir que nous lisons et relisons ses contributions à notre revue Partage et que l'équipe nationale se nourrissait de ses homélies "finement ciselées".

    Père Pican, nous ne vous oublierons pas et nous vous portons dans nos pensées et nos prières.
    Merci père Pican.

    Pour le congrès 2018 de Renaissance, Mgr Crépy a accepté de nous faire une intervention intitulée "Oser le chemin de pardon". Le texte ci-dessous reprend son intervention afin que celles qui n'ont pas pu être présentes puissent en prendre connaissance et échanger sur ce thème en équipe.
    Bonne lecture !!!

    Introduction : Pas de pardon sans regard sur le mal et le péché

    Il est important de prendre en compte la question du mal et du péché sinon on risque de parler du Pardon d’une façon un peu mièvre, un peu trop pieuse et qui n’aborde pas la question du mal.
    Dans notre Foi chrétienne, nous savons que la question du mal a été affrontée par le Christ lui-même. La Croix c’est ce combat, c’est la victoire de l’Amour sur le Péché. Au cœur de notre propre foi il y a la mort et la résurrection du Christ et cela a à voir avec ce combat cette lutte cette conversion. Il faut resituer notre propre vie concrète qui peut être douloureuse et compliquée. Il faut prendre le recul nécessaire La question du mal et du péché ne regarde pas que moi, mon couple, mais elle traverse toute l’humanité depuis ses débuts.

    I Oser affronter la question du Mal et du Péché

    A une nécessaire prise de conscience

    Cette question du Mal est toujours une question. Cf Livre de Job : ses amis lui disent que tout ce qui lui arrive de difficile et de douloureux est la faute de Dieu. Mais Job dit non. Il refuse d’attribuer le Mal à Dieu. Il met sa confiance en Dieu sans que la question du mal soit écartée définitivement. C’est une question qui demeure mais est surmontée par la confiance de Job. La question du mal est une question forte que porte toute personne.
    Le mal et le péché nous renvoient aussi à nous-mêmes, à notre condition de pécheur, condition qui rend difficile une parole à prononcer. Nous sommes impliqués chacun et chacune d’entre nous dans cette question du mal. Nous ne pouvons pas nous en exclure. Quand nous regardons notre vie, nos propres expériences, nos peurs, il y a toujours cette question.
    Le mal, le péché pardonné par Dieu dans le sacrement de réconciliation, pardonné par l’autre ou non pardonné. Le péché originel ne se transmet pas génétiquement. Dans chaque personne, il y a la liberté de choisir le bien ou le mal. Dans le processus de Pardon, je ne suis pas non plus quelqu’un qui est loin de tout mal, de tout péché. Cela ne veut pas dire que l’on excuse le mal que l’autre m’a fait. Il n’y a pas d’un côté la personne qui subit le mal et celle qui le commet.

    B Oser affronter les lourds enjeux de la question du péché et du mal

    C’est une expérience difficile, tant le mal subi que le mal commis. En tant qu’aumônier de prison, j’ai travaillé avec les détenus sur cette question du mal commis. Sans excuser le mal, comment avancer ? le mal que j’ai commis qu’est-ce que j’en fait ? comment se reconstruire avec ce mal ? La culpabilité empêche d’avancer. Je travaille également au sein de la conférence épiscopale sur la question de la pédophilie, des abus sexuels sur les enfants. On voit combien le mal subi détruit la personne. La blessure demeure mais devient moins douloureuse. Ce mal qui défigure l’homme, pose la question du sens de l’existence et de l’existence de Dieu : si Dieu existait il pourrait faire quelque chose.

    Théologiquement : la question du mal est posée dès le début de la Bible. Dans la Bible, on trouve la première rencontre avec le mal : le serpent invite Adam et Eve à sortir de leur condition de créature pour devenir tout puissant. Le mal que l’on fait subir à l’autre est souvent un signe de toute puissance Le péché c’est sortir de notre condition limitée de créature. Les limites ne sont pas des choses négatives. Il y a des personnes qui vivent des situations de handicap, les limites ne sont pas alors perçues comme quelque chose de positif. Mais elles sont parfois capables d’en faire quelque chose de positif. Dans le couple, le désir de toute puissance s’exprime de différentes manières. Je ne respecte plus l’autre lorsque j’ai un pouvoir sur l’autre :pouvoir sexuel, affectif, d’argent, d’avoir. Ce pouvoir peut être très subtil.
    Dans la vie religieuse on prononce des vœux de pauvreté, chasteté, obéisssance. Nous avons tous à travailler notre manière de vivre le pouvoir, notre sexualité, notre affectivité, notre manière de posséder l’argent. Dès le début de la bible, cette question est posée. Puis cela continue. Les deux frères, Caîn et Abel se battent et l’un tue l’autre. Tout le récit de la génèse est le récit de la foi, du peuple d’Israël. L’attachement de l’homme et de la femme : l’homme s’écrie de joie quand Dieu crée la femme. Avant de créer la femme il avait proposé à Adam de choisir un animal de la création ... mais cela n’avait pas suscité beaucoup d’enthousiasme chez Adam. Dès le départ, dans la genèse, la question du désir de toute puissance vient se poser. Dans notre foi chrétienne, la question du mal vient se poser. Est-ce que nous pouvons être libérés ? Est-ce qu’il y a un salut ? et là il y a le mystère pascal, le christ crucifié. Il faut affronter les lourds enjeux de la question du péché et du mal. Nous sommes tous des pécheurs pardonnés.

    C quelques éléments à propos du Mal

    Dans son livre, « Le pouvoir de pardonner », Lytta Basset donne une définition du mal: « le mal c’est ce qui fait mal ». C’est une définition qui part de l’expérience. Qu’est-ce que l’expérience du mal ? Pourquoi le mal ? On ne peut expliquer le mal après des siècles de réflexion.
    Le mal provoque une expérience d’enfermement aussi bien pour celui qui le commet que celui qui le subit. Quel sens pour celui qui le subit ? Pour celui qui le commet ?
    Parfois, il y a aussi quelque chose d’absurde , de déraisonnable. Le pardon va travailler à une certaine reconstitution du sens. « Il m’a fait ça, elle m’a fait ça. Quel sens ? »
    Comment le pardon va être un lieu ou le sens va être possible après le mal subi ou commis.
    Pour les détenus en prison, il y a du sens à reconstruire. Le pardon c’est le moment où le mal subi ne vient plus coloniser toute mon existence.

    D Quelques éléments à propos du péché

    Le péché est d’abord une notion théologique. Cela a à voir avec dieu. SI je ne suis pas croyant, faire du mal c’est commettre une faute. Aimer son prochain et aimer Dieu c’est le même commandement. Le péché touche notre relation à Dieu.

    Père Sesboué : « Un mystère est source de lumière, tandis que le péché est obscurité par excellence. La décision pécheresse ne se justifie en rien ; elle n’a aucune raison. Elle ne peut donc être expliquée. Le mal en tant que mal est inintelligible : vouloir le comprendre est une contradiction dans les termes : ce serait le justifier intellectuellement. Le choix du mal est un abîme sur lequel on ne peut rien dire. Admettons donc que même le discours chrétien sur le mal et le péché ne boucle jamais complètement, comme si le mal jetait son voile d’ombre sur tout le reste. »

    La notion de péché ne va pas éclairer la notion de mal. Le pardon de Dieu permet de sortir de cette obscurité, de faire jaillir la lumière dans l’obscurité du Mal. Accepter le don de Dieu c’est accepter que l’on ne peut se suffire à soi-même. Le pardon est l’accueil du don de dieu. Le don de dieu est une force pour sortir de nous-mêmes.

    II La croix : du pardon des péchés à la vie nouvelle

    On peut dire que le pardon est un chemin qui ne va pas laisser au mal le dernier mot. La Croix est le symbole de l’impuissance : les bras cloués sur une croix, les pieds cloués sur une croix, sans pouvoir bouger. C’est l’impuissance totale, l’inverse de la toute puissance, signe de la victoire face à la toute puissance du mal. La Croix, symbole de notre vie de baptisé, est invitation à un passage. La mort du Christ est un passage de la mort à la résurrection. C’est la manifestation qu’il faut abandonner la toute puissance pour rentrer dans l’humilité pour que le chemin de pardon soit possible. Le christ s’est anéanti jusqu’à la mort sur la Croix mais Dieu l’a ressuscité. Celui qui est fils de Dieu accepte d’aller jusqu’au bout, jusqu’à la croix.

    Dans le christianisme, il y a quelque chose de radical, de nouveau pour aller dans la toute puissance d’amour. On ne peut parler de Dieu sans contempler le crucifié. Dieu s’est fait homme pour manifester que seul l’amour peut changer, peut affronter le péché. L’amour c’est le respect et le souci de l’autre. Dieu s’est fait homme et a affronté les péchés. Abandon de la toute puissance humaine pour aller dans la puissance de l’Amour. Dieu tout puissant est toute puissance d’amour. Si l’on oublie la croix, on risque de parler d’un Dieu qui n’est pas celui des chrétiens. Seule l’humilité de Dieu est offerte à l’homme (père Varillon).
    La résurrection est signe que l’amour est vainqueur. L’amour est de l’ordre du don. Le pardon, le don, l’amour, l’humilité sont des termes que nous pouvons tricoter dans nos têtes chacun à sa manière. Le dernier mot de jésus sur la croix c’est « Père pardonne leur ». Il s’agit d’aimer comme Jésus nous a aimé et c’est difficile. Le chemin de l’Amour, le sens de notre vie c’est d’aimer comme le christ nous aime. Sommes-nous prêts à cela ? Le cœur de la Bonne nouvelle c’est que Dieu nous aime et que pour nous manifester son amour, il a pris chair. Oser le chemin de pardon c’est oser aimer comme Jésus nous aime.

    III Le chemin nécessaire pour pouvoir pardonner

    Dans son livre « Le pouvoir de pardonner », Lytta Basset distingue plusieurs étapes dans le chemin de pardon.

    A Passer par la révolte, le ressentiment. Il n’est pas naturel de ne pas se révolter. Lyta Basset dit que le ressentiment est naturel. Si ton frère a commis une faute contre toi va le trouver et fais lui reproche. Il y a des gens qui subissent sans jamais se révolter : il m’a fait ça, et ça. La révolte permet de dire les choses, de mettre le mal à distance pour en prendre conscience.

    B faire le deuil d’une compréhension totale : je ne peux pas tout comprendre de « pourquoi l’autre m’a fait du mal ». Ne pas juger permet de remettre l’autre en Dieu car lui seul connaît la clé. En prison, certains détenus racontent leur vie. Ils n’ont connu que des univers négatifs, des parents absents ou violents. Lyta Basset : « ne pas juger consiste à laisser à l’offenseur le mystère de son être ou plutôt à reconnaître en Dieu celui qui seul en détient la clé » Notre jugement est réducteur. La nature de l’acte commis est mauvais, comprendre n’excuse pas le mal. J’enferme parfois la personne dans son mal. Quand quelqu’un a volé, ce n’est pas qu’un voleur. Quelqu’un qui a tué n’est pas qu’un criminel. La personne est plus grande que ses actes. Reconnaissance du bien et du mal : le serpent qu’est-ce qu’il vient faire dans la Genèse ? J’enferme parfois l’autre qui m’a fait du mal dans ce rôle de mauvais. Cf livre de Daniel Pitet, témoignage d’un enfant abusé par un prètre. « Père, je vous pardonne ».

    C le renoncement à la culpabilité : « c’est d’un même mouvement que l’on se pardonne à soi-même et que l’on pardonne à autrui. La démarche de pardon a cela de fascinant qu’elle est tout entière du côté de la personne affectée par le mal : celle-ci est la première à gagner. » Les enfants victimes de pédophiles se sentent coupables, ils ne parlent pas. La demande de pardon ne peut se faire que si l’on est sorti de cette culpabilité. Se pardonner à soi-même demande de renoncer à la culpabilité mortifère.

    D Face à l’impardonnable, le renoncement à combler l’abîme d’un mal en excès : « le préalable majeur à un pardon authentique est précisément le renoncement à combler l’abîme d’un mal en excès : seul un pardon lui-même démesuré en est capable. » Pardonner ce n’est pas oublier mais transfigurer la mémoire du mal : « le souvenir du mal, humanisé, intégré et transfiguré, prend place dans un ensemble plus grand, à vrai dire dans cet ensemble infini où toutes les choses sont à la fois commémorées et restaurées, où la souffrance a mis au monde une vie au centuple ». Comment pouvoir intégrer, transfigurer, humaniser l’expérience du mal commis ou du mal subi ? La question du mal traverse toute l’histoire de l’humanité. Travailler dans le passé le présent et le futur : pour notre équilibre humain et spirituel, il faut articuler le passé, le présent et le futur. On rend grâce pour ce que Dieu fait aujourdh’ui, ce qu’il a fait hier et ce qu’il fera encore demain. Il n’est pas bon de vivre uniquement dans le passé, uniquement dans le présent ou uniquement dans le futur.

    E Le pardon est un travail personnel. C’est une réponse individuelle . Pardonner est un travail personnel. Il n’est pas symétrique. Il ne restaure pas forcément la relation avec l’autre. C’est un acte personnel, positif par lequel on sacrifie librement la réparation à laquelle on a droit : on voudrait que le mal soit réparé. Le christ en croix se sacrifie.

    IV Du pouvoir humain au pouvoir divin de pardonner

    « Seule, notre acceptation profonde du mal subi à la manière du Christ Jésus, aux côtés des êtres qui nous l’ont fait subir, peut donner à la mort du Christ toute la valeur d’une offrande de vie. »
    « Le pardon ne se définit pas mais sur son passage il laisse comme une signature : là où il y a eu pardon, la relation a primé, la relation à l’autre a eu la priorité. La signature du pardon épouse les contours du visage d’un autre - Autre : il devient clair que le pardon a fait son œuvre lorsqu’un visage s’interpose entre l’offensé et l’abîme du mal. La perception du visage de l’offenseur et, à travers lui, d’un visage Autre est l’indice que le mal ne fait plus mal et que le pardon est passé. » Ce visage est pour le chrétien, dans l’expérience du pardon, le visage du christ crucifié et ressuscité. La Bonne Nouvelle porte la signature du pardon.

    Si l’on compare le pardon à un fleuve, et si l’on remonte le fleuve jusqu’à sa source, la source c’est Dieu, c’est le christ en croix qui pardonne. Sur la croix, Jésus demande à Dieu de pardonner aux hommes. Jésus pleinement Dieu et pleinement homme nous permet de contempler le pouvoir divin de pardonner. Tout au long de sa vie, Jésus a demandé pardon. Sur la croix, il a demandé pardon. Ce n’est pas magique. Le pardon passe par la Croix et s’est exercé par excellence sur la Croix.
    Notre foi permet de réanimer en nous ce pouvoir divin de pardonner que nous pensions ne pas avoir.

    Conclusion
    Invitation à vivre en église. Notre monde a du mal à pardonner. Il faut rétablir et recréer toute relation brisée. C’est le Signe de l’union intime avec Dieu et de l’unité du genre humain. Il n’y a pas d’unité du genre humain sans pardon. Parfois nous ne sommes pas prêts. Il faut le facteur temps. Dans notre vie nous allons d’étape en étape, sinon le chemin semble vertigineux et abyssal. Avec le pardon, je sors du tombeau avec les marques de souffrance.

    Une belle prière pour se préparer au congrès Renaissance au Puy-en-Velay

    Un pardon en chemin (père Jacques Lancelot)
    L'offense est là, comme une ancre plantée
    dans les sables mouvants de la mémoire.
    Je n'arrive pas à l'en retirer.

    J'ai parfois le désir d'une réconciliation,
    mais la blessure reste ouverte,
    sensible et souvent douloureuse.

    Je voudrais m'expliquer, argumenter, demander pourquoi?
    Alors, tout en moi se met à tourner en rond.
    Et je reste seul avec mes questions.
    J'ai besoin d'une parole
    pour comprendre ce qui s'est passé.
    J'ai besoin d'une vérité qui n'est pas faite.
    Et une écharde reste plantée dans le fond de mon être.

    Je me sens victime d'une injustice
    et personne ne peut prouver mon innocence.
    Montent en moi les mots des enfants: "c'est pas juste !"
    Et je reste blessé ...

    Une seule issue, prendre le chemin du pardon.
    En avoir le désir, d'abord !
    un vrai désir, un désir qui ouvre un avenir,
    un désir qui se fait supplication ...
    Face à la croix du Crucifié
    je veux prononcer son nom.

    " Toi, Dieu Père, fais en moi ce que tu veux!
    Je ne dis pas que je l'aime,
    mais je lui veux du bien
    pour le mal qu'il m'a fait.
    Je ne veux plus avoir de comptes à régler.
    Je remets entre tes mains
    la vérité que je ne peux faire et la justice que je ne peux prononcer !
    Débrouille tout, et le moment venu,
    Aide moi à faire la lumière."

    Dans ce geste d'abandon, je vais mon chemin,
    jusqu'au jour où toute vérité se fera
    jusqu'au jour où toute justice se manifestera.
    Et je cueille la paix qui m'est donnée.

     

    Le site Renaissance va s'enrichir d'une nouvelle rubrique intitulée "Le coin des livres". (rubrique encore en cours de construction)

    Vous y retrouverez des fiches de lecture parues dans les numéros de la revue Partage et des conseils de lecture glanées par les unes et les autres au cours de l'année lors de conférences, séminaires ou autres. Les responsables d'équipes Renaissance pourront y trouver des références de livres leur proposant des thèmes de réunions. Dans la perspective de notre congrès 2018 au Puy-en-Velay, seront également proposés des conseils de lecture permettant d'approfondir notre connaissance de ce haut-lieu de spiritualité mariale.