La colère, ça s'apprend !

Je ne sais pas manifester mes sentiments.

Pendant le divorce, je ne me souviens pas vraiment de colère. Je dois faire un effort pour me souvenir. La colère était certainement là, comment faire autrement ? J'étais fâché, je lui en voulais, je m'en voulais aussi. Mais était-ce de la colère? En tout cas, cette colère ne s'extériorisait pas beaucoup, je ne me souviens ni de vaisselle cassée ni de cris. Je n'ai jamais dit, ni même reconnu, être en colère. En revanche, j'ai beaucoup écrit à mon avocat qui, le pauvre, n'y pouvait rien. Ce n'est qu'après trois ou quatre ans que j'ai renoué avec la pratique catholique, que je suis retourné à l'église et ai participé à des groupes de prières ou des groupes de paroles. Ces groupes m'ont certainement aidé à retrouver un peu de sérénité.

Où sont passées toutes mes contrariétés?

Pendant les 26 ans de mariage, je ne me souviens pas non plus m'être mis en colère contre mon conjoint. Comment ai-je fait pour tout accepter, que ça me plaise ou non? Où passaient toutes mes contrariétés? Avais-je même conscience d'être contrarié? Ou bien essayais-je de me persuader que j'étais heureux, que tout allait très bien? Quand j'y réfléchis, c'est d'ailleurs assez amusant, parce que mon conjoint ne cessait de me dire que " ça n'allait pas" , qu' " il fallait que ça change" , sans que je comprenne, d'ailleurs jamais, ce dont il s'agissait. Ce dialogue de sourds était si répétitif qu'il aurait dû m'alerter et m'obliger à regarder en face ce qui devenait un comportement névrotique.

Lorsque j'étais enfant, j'ai certainement fait des colères, comme tous les enfants. Et puis on m'a certainement expliqué qu'il ne fallait pas se mettre en colère. Et comme j'étais un bon garçon, j'ai certainement cessé de me mettre en colère. Mais m'a-t-on seulement expliqué comment exprimer mon désaccord ou mon insatisfaction d'une façon acceptable pour la société? Probablement pas, ou alors je n'ai pas bien compris.

La colère, ça s'apprend. La colère, c'est de l'énergie. La colère, c'est nécessaire.Celui qui sait la maîtriser, comme Monsieur Pasquier(1), alors le monde est à lui. Ce n'était juste probablement pas mon cas.

(1) Monsieur Pasquier: " Papa se mit à sourire, son calme devint effrayant et nous comprîmes tous qu'il était parti, sans retour, pour une colère majuscule, une colère telle qu'un homme n'en fait pas trois d'aussi belles dans sa vie."Chronique des Pasquier ( 1933-1945) de Georges Duhamel.

Hervé

Trajectoire sinusoïdale: projection d'une droite dans un mouvement tournant comme une balle qui sort d'un revolver.

Divorcée il y a dix ans, Christelle a transformé son regard, devenu plus indulgent.

Dix ans après ma séparation puis mon divorce, je suis frappée de constater combien le regard que je porte sur ma personne et ma situation à évolué.
Telle une sinusoïde, il a progressé au gré des joies et des peines, des petits échecs et des grandes victoires!

Regard de conquérant lors de la séparation. Je suis celle qui a pris la décision, douloureuse pour tous, mais nécessaire et assumée avec force. Rêves d'un avenir plus heureux loin des cris et des pleurs.

Regard de peine quand au fil des années la solitude se fait mordante, quand les amitiés anciennes de la vie de couple s'effilochent, quand les étés dans une maison vide sans enfants et les repas solitaires sont angoissants.

Regard d'échec quand la haine de l'ex-conjoint vous poursuit et vous épuise, quand la vie professionnelle, matérielle et familiale est si lourde à porter seule, quand l'éducation des enfants vous échappe ; quand le regard des familles "bien comme il faut" vous exclut et quand la confiance s'amenuise.

Regard de fierté quand les années passant, les projets menés seule s'accomplissent malgré les obstacles; quand les enfants prennent leur envol avec confiance; quand l'église vous accueille toujours et vous soutient; quand de nouvelles amitiés plus proches,plus vraies se forgent; quand la force vitale abîmée et cachée s'épanouit de nouveau.

Regard apaisé et indulgent sur une autre vie acceptée, sur mes fragilités assumées, sur mes blessures cicatrisées mais toujours sensibles.

EMMANUELLE

La solitude est sans doute l'une des plus grandes angoisses de notre culture post-moderne. Et pourtant, l'expérience mystique et religieuse ne cesse d'en faire l'éloge. "Bienheureuse solitude, seule béatitude! " ,clamait au XIe siècle saint Bernard de Clairvaux.

De fait, " il ne faut pas confondre solitude et isolement", prévient Gilles Baudry, moine et poète breton, pour qui l'isolement est à la solitude" ce que le mutisme est au silence". "Lorsque votre voisin, dans le train, a des écouteurs sur les oreilles, vous n'existez pas pour lui. Cette solitude est synonyme de vide. En réalité, il s'agit de l'isolement : être muré en soi. Ainsi, aujourd'hui, on se côtoie beaucoup, mais l'on se rencontre peu."

En revanche, souligne-t-il, "solitude et présence à autrui ne s'excluent pas dans la vie chrétienne". Bien au contraire, la solitude serait la condition même d'une vraie relation aux autres. Étrange paradoxe dont Gille baudry fait l'expérience chaque jour dans son abbaye bénédictine de Landevennec. " Lorsque nous voulons accueillir des visiteurs, il nous faut être recueillis, disponibles intérieurement. Notre qualité d'écoute en dépend. Elle se cultive dans la solitude, dans le silence intérieur." Une intériorité qui se fait disponibilité pour la rencontre et espace de la vie commune. Saint Grégoire parlant de Saint benoît, fondateur de la vie monastique en Europe, disait qu'il "habitait avec lui- même". "Au monastère, confirme le frère Gilles, nous sommes tout à la fois ensemble et seuls. Nous ne pourrions pas vivre avec nos frères si nous ne nous appartenions pas d'abord, nous mêmes."

Ainsi en va-t-il en amour : si le couple n'était que le moyen d'esquiver une incapacité foncière à être seul, pourrait-on parler encore d'amour ? Le conjoint ou l'ami ne serait là que pour combler vides et manques. " L'autre (Dieu, autrui) ne peut se donner que si le cœur s'est préparé, dilaté en quelque sorte à l'accueillir", appuie Xavier Lacroix dans son livre "Les mirages de L'amour".Pour le philosophe, " une relation d'amour digne de ce nom suppose que chacun des sujets ait une expérience propre, une colonne vertébrale, une personnalité". Sans cela, " cette solitude qu'il fuit en s'engouffrant dans l'autre, il la retrouvera, mais beaucoup plus amère encore",prévient-il. Ce thème, Rainer Maria Rilke l'a longuement développé dans ses lettres à jeune poète,où il encourage à cultiver un "temps de clôture": " Ainsi pour celui qui aime, l'amour n'est-il longtemps, et jusqu'au large de la vie, que solitude, solitude toujours plus intense et plus profonde. L'amour, ce n'est pas d'abord se donner, s'unir à un autre. (Que serait l'union de deux êtres encore imprécis, inachevés,
dépendants?) L'amour, c'est l'occasion unique de mûrir, de prendre forme, de devenir soi-même un monde pour l'amour de l'être aimé."

En ce sens, la solitude n’apparaît plus tant comme un mal-être à fuir que comme la découverte et l'apprivoisement de ce qui nous constitue, de ce qui structure notre identité. "Etre sujet, c'est être séparé", écrit Xavier Lacroix. La solitude est ainsi ce lieu incommunicable, qui est la marque de notre caractère unique. Elle est le lieu où peut surgir " l' appel de l'intériorité la plus profonde", ajoute le philosophe: " Ces liens dans lesquels je m'apprête à m'engager vont-ils dans le sens de ma liberté? Quelle est ma vocation la plus personnelle?... Entendra-t-il ces questions, ces paroles silencieuses, cette voix, celui qui vit toujours accroché à autrui, en tandem, en situation de dépendance?"

Que l'on soit dans un monastère ou en plein monde, il s'agit dès lors d'un équilibre à trouver entre ouverture et clôture. A Landevennec, Gilles Baudry accueille de nombreux visiteurs désireux de vivre une retraite pour mieux retourner au monde par la suite. Le bénédictin parle d'une " retirance":" comme la mer qui se retire pour mieux revenir peu-être... Lorsque la mer se retire, c'est là qu'on peut pêcher", ajoute-t-il, insistant sur la "fécondité de la solitude"... Expérience féconde, la solitude n'est jamais radicale: ce n'est pas "une solitude de haute mer, poursuit le frère Gilles, mais une solitude communiante, ouverte". Le solitaire, s'il n'est pas croyant, peu être intérieurement en lien avec des amis ou des parents éloignés. Le croyant, lui, découvre sa solitude habitée par Dieu. Assistante sociale dans la banlieue ouvrière rouge d'Ivry-sur-Seine, poétesse et mystique, Madeleine Deibrêl(1904-1964) affirmait : " La vraie solitude, ce n'est pas l'absence des autres, mais la présence de Dieu."

HOYEAU Céline

 LA SOLITUDE.

J'ai été mariée pendant dix huit ans. Nous nous sommes connus jeunes, et avons donc découvert ensemble beaucoup de choses de la vie. Nous avons eu trois enfants. J'ai eu du mal à avoir le dernier, et deux jours près avoir fêté ses deux ans, mon mari a laissé une lettre me disant que nous n'étions pas faits l'un pour l'autre. Il est vrai que nos relations n'étaient pas toujours faciles : j'avais un travail à fortes responsabilités à quarante kilomètres de la maison et trois enfants; lui était maire, donc très dispersé.
Cela retentissait sur notre vie de couple.

MA VIE C'EST ÉCROULÉE

Je ne comprenais pas ce qui m'arrivait. J'avais trente-sept ans, trois enfants à élever (douze ans, dix ans, deux ans). Je me sentais très seule avec d'énormes responsabilités, ne pouvant plus dialoguer avec mon mari, devant faire le père et la mère au quotidien. Mes enfants étaient perturbés. Après avoir vu son père me critiquer, ma fille, en rébellion quasi permanente, répétait les mêmes mots que lui; je crois qu'elle m’en voulait de ne pas avoir su garder son père. Son frère ne disait rien, mais j'ai fini par comprendre que c'était pire. Le petit était le moins perturbé, mais à deux ans il demandait beaucoup d'attentions et de soins.

J'ai connu une grande détresse. Plusieurs fois, j'ai eu envie de lâcher le volant de ma voiture dans un virage;mais j'ai pensé à mes enfants, et à Dieu, et je ne me suis pas sentie "autorisée" à faire ce geste.

Je suis souvent allée me recueillir et prier dans une église, où je me sentais en paix, mais j'y étais seule et sans aide aucune. Ma famille était à l'autre bout de la France.Beaucoup de gens avaient de la compassion pour moi mais restaient à distance. Il était maire! Et il avait réussi à me donner une image trop négative de moi-même pour que j'ose demander de l'aide. J'avais totalement perdu confiance en moi.
J'ai fait une dépression profonde, qu'il a fallu soigner.

Dans toute épreuve, il y a des choses positives. J'ai pris conscience que j'avais été trop dépendante de mon mari, et qu'il s'était autorisé à me dévaloriser très fréquemment, en particulier devant les enfants.
J'ai découvert que j'étais capable d'agir seule, de nouer des relations. J'ai connu plusieurs personnes vivant une situation similaire à la mienne; nous nous sommes entraidées, et cela a beaucoup contribué à nous reconstruire.
Je me suis rendu compte que j'avais consacré ma vie à ma famille et à mon travail (trop ?),et que j'avais complètement oublié de penser à moi. Pendant que mes enfants allaient chez leur père, je me suis autorisée à vivre pour moi, à faire ce que j'avais envie de faire. Les moments les plus forts ont été les moments d'amitié et de partage avec autrui.
Bien qu'ayant été gravement malade et handicapée physiquement, j'ai appris à goûter les moments agréables, avec un regard neuf sur la vie.

J'ai eu envie d'une relation à deux, même si j'en avais peur. J'avais besoin de partager l'intimité de quelqu'un. J'ai eu la chance de rencontrer un homme qui m'apporte beaucoup. Lui-même avait vécu un échec de couple. L'épreuve nous avait mûris, obligés à relativiser beaucoup de choses, conduits à nous accepter tels que nous sommes avec nos forces et faiblesses. Une relation, plus adulte, s'est construite petit à petit, dans le dialogue.

Elisabeth. Janvier 2005

PRIÈRE DES PARENTS.

Mon Dieu, voici mes enfants, ils viennent de vous.Ils sont vos enfants et vous les aimez encore plus que moi. Qu'ils sentent la main de votre amour sur leurs épaules et la douceur de votre présence à leur coté.

Guidez-les pour qu'ils vivent pleinement l'aventure que vous souhaitez pour eux, non pas ce que moi,je rêve pour eux.

Délivrez-les du mal. Protégez-les de l’égoïsme, de la suffisance,du découragement. Apprenez-leur à se connaitre et à s’épanouir avec la personnalité que vous leur avez donnée.Qu'ils se servent de leur qualités et de leur richesses pour bâtir un monde plus juste et plus fraternel.

Et quand à moi, Seigneur, aidez-moi à les aimer comme ils sont, à être ferme lorsque je le dois.

Donnez-moi la patience lorsqu'ils cherchent à se comprendre, et surtout quand le front haut, ils questionnent les principes des valeurs qui m'ont fait vivre. Aidez-moi à le respecter lorsqu'ils veulent répondre à ce que vous leur adressez au plus profond de leur être.

Que votre sagesse me console et me rassure et que votre providence les conseille.

Enfin, lorsque mon travail de parent est fini, quand ils sont formés et éduqués et qu'ils volent de leurs propres ailes, accompagnez-les.

Et faites qu'alors je me tourne vers vous, le cœur en paix, avec la joie de comprendre un peu mieux votre manière de faire et de nous aimer.

G. Loiselle.
Merci à Anne pour cette prière.

TOUJOURS TRAUMATISANT, LE DIVORCE FAIT POURTANT MÛRIR LES ENFANTS.

Personne ne recherche les épreuves dans la vie, sauf s'il souffre d'une pathologie psychique. Les enfants encore moins que les autres. Ils nourrissent leur force vitale de la joie et de la sécurité qui les entourent. Un deuil proche, un déménagement, un divorce leur font l'effet d'une tornade.Ces événements mettent à mal leur univers et les fragilisent. En tant que parents, nous aimerions les en préserver. En même temps, c'est à travers les difficultés vécues avec eux que nous forgeons la capacité à rebondir dans la vie, à assumer leur lot d'épreuves. Ne banalisons pas les effets d'un divorce, c'est toujours un traumatisme, mais ne le diabolisons pas non plus. Il est souvent l'aboutissement de beaucoup de souffrances, une décision prise quand on sent ses limites de résistance atteintes.

TRANSFORMER EN UN OUTIL DE VIE

Il est un choc profond pour les enfants, mais il peut être transformé en un outil de vie. Voici quelques exemples pris dans ma pratique clinique :
"Depuis que papa et maman ne sont plus ensemble, je vois papa et je discute avec lui; c'est hyper chouette. Avant, il rentrait toujours fatigué et c'est maman qui me parlait. Elle disait " nous avons décidé, nous pensons.Maintenant chacun dit "je". Je vois bien quand ils ne sont pas d'accord. Moi, j'aime mieux, au moins je sais ce que chacun pense !" Jérémie a neuf ans. Quand les parents acceptent de discuter avec leurs enfants sans les prendre à partie, ils leur permettent d'acquérir beaucoup de maturité et de réflexion. Ils accèdent aux difficultés du monde adulte, apprennent à réfléchir."Ma mère, elle est partie avec son cousin. C'est pas bien, oui mais mon père, il était jamais là, alors moi je comprends". Julie, huit ans, ne veut pas juger, juste comprendre les bons repères : ne plus être seule, ou rester fidèle?

LE DIVORCE OBLIGE L'ENFANT A INVESTIR AUTREMENT SES PÔLES AFFECTIFS.

L'école, les loisirs, les animaux vont prendre une place centrale, ouvrant ses centres d’intérêt.Etre vigilant à ne pas rajouter un déménagement à ce moment-là, à privilégier ses amitiés l'aide à se créer un univers à lui, essentiel pour sa reconstruction à lui. "Moi je ne sors plus. Depuis que mon père est parti, je sais que ma mère pleure tous les soirs, alors, je reste. "Guillaume a treize ans. Se replier, servir d'étayage à ses parents sont des comportements négatifs. A l'adulte de faire attention à ne pas se reposer sur son fils ou sa fille.

Les styles de vie, les règles vont se modifier ou se multiplier selon les alliances. Les enfants aiment voir les différences. Ils comparent, font leur choix. Cela montre que plusieurs modes de vie sont possibles. Par contre, attention aux injustices entre enfants et beaux enfants, elles ne sont jamais constructives.

Même au milieu d'une grande souffrance, les parents ne doivent jamais oublier qu'ils sont au service de leur enfants. Ces derniers ne sont qu'ouverture et bienveillance pour leurs deux parents. Aux adultes de ne pas gâcher cela. Alors, les enfants seront un chemin de vie, de ressourcement pour leurs aînés, tant leur capacité à vivre le meilleur est géniale.

Genevièvre de Taisne, psychanalyste, thérapeute d'adultes et d'enfants. Octobre 2004

Je vais prendre le temps....

    Je vais prendre le temps de laisser poser mon regard sur les choses de tous les jours et de voir autrement, celles que chaque matin je croise sans les voir. Toutes ces choses familières que je côtoie à longueur de jour, de mois, d'année....

    Je vais prendre le temps de voir l'étrangeté des arbres, ceux de mon jardin, ceux du parc voisin qui, le crépuscule venu bruissent de mystère...

    Je vais prendre le temps de laisser poser mon regard sur les êtres que j'aime, et de regarder autrement les miens, celles et ceux qui me sont les plus proches et que parfois je ne vois même plus, je n'entends même plus tant le souci de mes affaires, de mon travail parasitent mon cœur et mon corps....

    Oui, je vais prendre le temps de les découvrir de me laisser surprendre encore et toujours par ceux que j'aime....

    Oui, je vais prendre le temps de te rencontrer aussi toi mon Dieu, au-delà des mots, des formules et des habitudes; Oui, je vais aller à ta rencontre comme au désert, et tu me surprendras mon Dieu... Oui, je vais prendre le temps de te rencontrer autrement.

F.RIDER

L'éclairage d'Anselm Grün

MES CONSEILS POUR PRIER

     A l'occasion du 40 ème anniversaire du magazine Prier, j'aimerais partager avec vous certaines de mes idées sur la prière. Je rencontre souvent des personnes qui me disent qu'elles ne savent plus prier, alors qu'elles le souhaitent ardemment. Elles s'imaginent qu'il faut " trouver les bons mots". Pourtant, la prière ne se réduit pas à des mots, même emplis de piété et ferveur. c'est d'abord une rencontre avec Dieu qui nous transforme. Elle se fait selon moi en quatre étapes.

      La première, c'est la rencontre avec soi-même. Avant de me présenter à Dieu, je dois prendre conscience de la personne que je suis vraiment. La plupart du temps, nous ne voulons montrer que nos meilleurs cotés. Or il s'agit de me montrer a Dieu sans fard et sans masque. Je dois me poser la question : à quoi ressemble mon vrai moi ? Je dois prendre conscience de mes émotions et de mes passions, me confronter à la réalité de ce que j'avais tenté de me cacher à moi-même. Cyrille de Jérusalem, un Père de l'église du 4 ème siècle, écrit: " Tu veux que Dieu t'écoute, mais tu ne t'écoutes pas toi-même ! " La première étape est donc de se rencontrer soi-même, de s'écouter et de présenter la vérité de ce que nous sommes au regard bienveillant de Dieu.

       La deuxième, c'est la rencontre avec Dieu. Avant de prier, je fais silence et me demande: qui est-ce que je prie? Qui est ce Dieu devant qui je me tiens et avec qui je parle? Je dois me souvenir qu'il m'est impossible de " saisir" totalement qui il est à travers des mots ou des images. Dieu est toujours plus que ce que je peux imaginer. Je ne peux le penser qu'en termes de contradictions: Il est à la fois créateur de l'univers et en moi. Je tombe à genoux devant lui, mais je peux aussi me tenir debout et lui parler plus librement qu'à mon meilleur ami. Quand j'ai l'impression qu'il est loin, je lève les yeux vers lui et m'imagine assis à ses pieds. Et même si je continue de me référer à lui dans tout ce que je fais.

       La troisième étape est le dialogue avec ce Dieu insaisissable et infini. Je lui dis ce qui m'anime ou me préoccupe. Le faire à haute voix, avec mes mots, me révèle si ma prière reste superficielle. Je discerne mieux ce que je voulais exprimer à Dieu. Il faut que j'essaie de lui dire ce que j'ai vraiment au fond du cœur. Ainsi mon dialogue avec lui me conduira à ma propre vérité. Mais la prière ne doit pas forcément prendre la forme de mots. Il me suffit parfois simplement de m'asseoir, de faire silence et de laisser émerger devant Dieu tout ce qui monte en mon âme: pensées, émotions, besoin, passions... et d'avoir confiance. Ce que je confie à Dieu, il l’accueille et l'inonde de son amour.

"Lorsque Dieu règne en moi, je suis libéré des passions qui assombrissent son image "

         La quatrième étape de la prière, c'est le silence. Je dois me taire pour entendre sa réponse. Je ne vais pas entendre des voix! Mais des pensées me viennent. Celles qui sont inspirées par Dieu entraînent un sentiment de vitalité, de paix, de liberté et d'amour. Celles inspirées par les démons ou mon surmoi n'éveillent que peur, impuissance et surmenage.

          C'est parfois avec son silence qu'il me parle:  Son silence me dit que je dois me défaire des images que j'ai de lui et de moi-même pour faire place à ce qu'il est vraiment.

   En faisant silence, je rejoins aussi Dieu pour qu'il m'unisse à lui. Je le regarde et me laisse regarder. L'oraison me conduit dans ce lieu silencieux en moi où il habite. Son but est de me faire reposer dans sa grâce. A la source de mon âme où Dieu demeure, ni le vacarme de mes pensées, ni les attentes, ni les opinions des autres n'ont droit de passage. C'est ici que le Royaume s'établit en moi. J'y suis véritablement libre et deviens la personnes unique que je suis devant lui. Ma prière s'achève par l'union avec Dieu et par la rencontre avec mon véritable Moi. Lorsque Dieu règne en moi, je suis libéré des passions qui troublent et assombrissent son image. Il me libère à moi-même.

         Je ne dois pas suivre automatiquement toutes ces étapes.  Bien souvent, il me faut en répéter une ou plusieurs. Mais elles peuvent être une aide pour structurer la prière. Au bout d'un certain temps, nous n'aurons plus besoin d'elles. Nous ferons alors pleinement confiance à la rencontre avec Dieu, qui se développera d'elle-même.

IL FAUT TOUT RECONSTRUIRE

       Quand il faut tout reconstruire, une présence permet de ne pas dériver trop loin.

Comment décrire la souffrance de cette épreuve, si on ne l'a pas vécue ?

Il est absolument impossible de décrire la souffrance que l'on traverse. Seuls, ceux qui sont passés par ce type d'épreuves peuvent " entendre" et, un peu comprendre ce que cela signifie.

Non seulement je ne pensais absolument pas que l'on pouvait souffrir autant, mais surtout je n'imaginais pas la profondeur, l'intensité, la violence de la douleur : une douleur qui vous fait préférer je ne sais quelle mutilation, bras ou jambe, plutôt que ça !

En effet, la blessure dont je parle est d'un tout autre ordre : elle atteint le lieu qui est le tout de la vie : L'amour, le sens de sa vie.

Je comprends les personnes qui, après un divorce, se suicident ; ou qui et c'est la même dérive, sombrent dans l'alcool, la drogue ou la prostitution : "je ne vaux plus rien ! A quoi bon continuer à vivre ! "

Personnellement, j'ai fait l'expérience de vivre à côté de mes pompes, de ne plus savoir qui j'étais : mon médecin m'a mise sous antidépresseurs ; je ne me reconnaissais plus. Aujourd'hui, je veux témoigner humblement et en vérité que l'on peut toutefois s'en sortir ; certes, ce n'est pas facile, ce ne sera plus jamais comme avant. Ce sera radicalement différent ! il faut tout reconstruire.

Mais la foi en Jésus Christ au sein de telle épreuves est une force dont on n'a pas idée!

Dans ces épreuves, les amis se révèlent. Les "vrais", celles et ceux qui, souvent mieux que la famille, sont là tout simplement, quand il faut, au moment opportun, sans forcément beaucoup de paroles, une présence, simple, ajustée ; quelque chose qui sonne juste, qui sonne" vrai", généreux, en toute discrétion et efficacité, quand les problèmes matériels, administratifs, judiciaires vous submergent...

Ces amis m'ont aussi stimulée dans la poursuite d'une activité professionnelle et permis de retrouver à nouveau l'estime de soi ! Et c'est beaucoup !

" Je trouve quel sens donner à ma blessure"

Et puis, je veux vous parler des "témoins de l'espoir" : Un lieu d'accueil, un lieu d'amitié, un lieu de solidarité. On retrouve le goût de partager un jus de fruit, un gâteau, et à travers ces symboles, partager l'essentiel : sa propre existence.

"On peut même ré-apprendre à prier entre nous"

"Cette blessure, seigneur, je sais bien que je l'aurai toute ma vie ; mais je sais maintenant quel sens lui donner. Je sais même que ma cicatrice, si souvent fragile, m'apprend aussi à mieux aider celles et ceux qui traversent les épreuves de la vie même si je me garde bien de parler de moi. Pourtant, je pense qu'en agissant ainsi, je ne suis pas très loin de l' " Évangile".

témoignage de Christiane

LA VIE TOUJOURS NOUS BOUSCULE,NOUS DÉRANGE !

Vivre, c'est être dérangé, par des événements, par les autres, par le temps, ect.... Il ne s'agit donc pas de se protéger, mais de faire face, de s'adapter, de répondre. Le proverbe dit; " La vie ne consiste pas à échapper aux orages, mais à apprendre à danser sous la pluie". Mais de quelles forces disposons-nous pour affronter le dérangement, le changement ou le déménagement, en fait le chaos habituel de nos pauvres vies ?

La force de la liberté, par la réflexion, le recul, la méditation, la prière.

La force de la fraternité, par la famille, les amis, les sages, leur écoute et leur conseil.

La force de l'espérance, grâce à notre idéal, nos valeurs, nos rêves, ou la foi.

Ces forces peuvent nous permettre de vivre sereinement les événements graves ou joyeux de nos vies car nous pouvons alors exercer le travail de l'intelligence pour trouver le chemin, mettre en valeur la vérité, débusquer le mensonge, mesurer nos passions et poser un choix sans trembler. C'est prendre le temps du discernement. Le mot discerner vient du mot cribler. Le discernement, c'est passer au crible nos vies, nos idées, les appels que nous recevons pour poser un choix et agir. Enfin Saint Paul nous rappelle que "Tout concourt au bien de celui qui aime Dieu"(Rm 8,28). Aussi, que les bonnes résolutions de cette nouvelle année soient prises avec discernement. Bonne rentrée!

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  J'ai fait un rêve, la nuit de noël.

Je cheminais sur la plage, côte à côte avec le Seigneur.

Nos pas se dessinaient sur le sable, laissant une double empreinte,

La mienne et celle du Seigneur.

L'idée me vint - c'était un songe -

Que chacun de nos pas représentait un jour de ma vie.

Je me suis arrêté pour regarder en arrière.

J'ai vu toutes ces traces qui se perdaient au loin.

Mais je remarquai qu'en certains endroits,

Au lieu de deux empreintes, il n'y en avait plus qu'une.

J'ai revu le film de ma vie.

O surprise !

Les lieux de l'empreinte unique

correspondaient aux jours les plus sombres

De mon existence.

Jours d'angoisse ou de mauvais vouloir ;

Jours d’égoïsme ou de mauvaise humeur ;

Jours d'épreuves et de doute ;

Jours intenables .....

Jours où, moi aussi, j'avais été intenable.

Alors, me tournant vers le

Seigneur, j'osai lui faire des reproches :

" Tu nous a pourtant promis d'être avec nous tous les jours !

Pourquoi n'as tu pas tenu ta promesse ?

Pourquoi m'avoir laissé seul aux pires moments de ma vie ?

Aux jours ou j'avais le plus besoin de ta présence ? "

Mais le Seigneur m'a répondu :

" Mon ami, les jours où tu ne vois qu'une trace de pas sur le sable,

ce sont les jours où je t'ai porté. "

-Ademar de Barros, poète brésilien