OSER DÉCIDER

Le courage de décider :

     Pour décider, quelque chose doit nous donner l'envie d'aller de l'avant. Il va falloir être capable de lâcher une situation dans laquelle nous nous trouvions installés, pour entrer dans un état instable, inédit, mais parce qu'un projet, une foi, une confiance, une perspective nous met en route. C'est de l'ordre de la création, de la nouveauté.

     Loin d'effrayer, cet exemple montre que prendre une décision, c'est aussi prendre le parti d'être soi-même touché, travaillé de l'intérieur.

     Quand on prend une décision, on n'a pas toujours conscience - et fort heureusement - de tout ce que cela va modifier en nous. Notre décision volontaire va nous entraîner involontairement dans un mouvement de transformation. Non seulement il y a parfois, au départ, une bonne dose de courage pour prendre sa décision, mais il se peut bien qu'il faille se mobiliser pour recevoir ce que la décision va produire, pour <<encaisser>>, peut-on même dire en cas de profond bouleversement. Avant même de décider, c'est une dimension inévitable à prendre en compte, et qui a tout son intérêt, mais souvent négligé: la décision va nous mener là où nous ne le pensions pas forcément au départ.

     Nous sommes dans l'impossibilité de prévoir toutes les conséquences d'une décision. Cette évolution peut parfois s'avérer à la fois dynamisante et éprouvante, et peut appeler à de nouvelles décisions pour adapter notre aspiration profonde à la réalité. Le désir premier est toujours présent, moteur de l'action, mais se trouve modifié, comme soumis au concret de l'existence.

     Accepter ce que la décision transforme en nous permet souvent de grandir.

     Il ne faut pourtant pas enjoliver l'existence: il arrive que certaines conduites transforment l'individu, mais en abîmant quelque chose en lui.

Décider devient créateur

     A l'issue de notre réflexion, il s'avère que décider n'est pas forcément chose facile. Pour autant, nous ne cessons de prendre des décisions, et nous avons vu comment celles-ci sont l'expression d'une liberté humaine à exercer au fil des jours.

     En effet, une décision n'est jamais parfaite en elle-même. Elle est sans cesse à reprendre, à retravailler. Nous passons notre vie à nous réorienter; non pas qu'il y ait, par définition, de fausses décisions, mais nos décisions sont sans cesse à réajuster pour approcher au plus près de notre aspiration profonde. Une décision engage notre liberté et oriente; et c'est la succession de décisions libres qui dessine une existence unifiée.

     Il peut y avoir un coté rassurant à suivre un cadre prédéfini pour accéder au bonheur que nous présentons, mais les idées trop arrêtées vont certainement être plus durement confrontées à la réalité de l'existence. Ainsi, aussi curieusement que cela puisse paraître, décider va ouvrir des possibles, faire surgir de l'imprévu. Décider sera aussi lâcher prise, accepter de se laisser surprendre dans une démarche qui ouvre un avenir. Décider devient créateur.

     Le signe d'une bonne décision n'est pas toujours facile à entrevoir: il n'est pas lié à une certaine facilité d'être ou un bonheur garanti. Décider se révèle être la capacité de l'homme à prendre des risques dans un choix conscient.

     Dans le proche, il y a tout un lointain. Le jour d'aujourd'hui nous est donné, et c'est sur l'heure du jour que nous avons prise: c'est une invitation à être des journaliers de l'avenir, c'est-à-dire d'inscrire le présent dans une perspective qui nous dépasse.

     Ainsi est-il donné à chacun dans ses décisions de femme libre de choisir aujourd'hui sa vie.

texte proposé et animé par Béatrice Fourcade

Façon d'être un ami selon le cœur de Dieu

Le"fer aiguise le fer" le contact avec autrui affine l'esprit de l'homme

Les amis selon le cœur de Dieu" deviennent des frères dans l'adversité

Selon le proverbe 17:17 " l'ami aime en tout temps, et dans le malheur il se montre un frère". Les véritables amitiés se révèlent dans l'adversité et non dans la prospérité. Elles sont comme un baume sur les blessures de la vie.

Les amis selon le cœur de Dieu se réjouissent l'un pour l'autre

Un proverbe suédois dit que "l'amitié double notre joie et divise notre douleur". Il n'y a pas de place pour la jalousie, la comparaison ou l'envie, dans l'amitié selon le cœur de Dieu.

Les amis selon le cœur de Dieu se pardonnent mutuellement

Inévitablement, l'amitié est émaillée à un moment ou à un autre par des tensions ou des blessures, mais quand l'amitié est sincère et véritable, l'Esprit du Seigneur fera son oeuvre pour que chacun puisse pardonner et se reconstruire.

Les amis selon le cœur de Dieu évoluent dans la vérité et dans la confiance

Les reproches d'un ami prouve sa loyauté, les baisers d'un ennemi sont de trop déclare le proverbe 27 : 6. Les amis selon le cœur de Dieu n'ont pas peur de parler avec vérité et d'avoir un regard juste et bienveillant sur nous.

Au delà de cela, les amis selon le cœur de Dieu, partagent, échangent et découvrent ensemble les trésors de la Parole de Dieu, de la communion fraternelle et de la prière.

 

Un ami est dans la vie, comme le pain et le vin.

Les amis sont des personnes qui se comprennent bien et font un bout de chemin ensemble. Ils ne sont plus seuls. Ils ne se regardent pas tant l'un l'autre, qu'ils regardent ensemble plus loin. Ils ne se cherchent pas l'un l'autre, mais cherchent ensemble ce dont chacun a besoin.

Les amis ne s'enchaînent pas l'un l'autre : ce serait la mort de l'amitié. Ils ne succombent pas à la jalousie ni ne s'isolent du monde. Ils se rendent mutuellement libres. Ils s'aident mutuellement à trouver leur propre chemin.

Les amis ne se laissent pas tomber. Ils restent l'un près de l'autre, dans la joie et dans la peine, dans la réussite et dans l'échec. Avec un ami à tes cotés, tu peux tout supporter et tout surmonter. Dans l'épreuve, un bon ami est la meilleure consolation qui soit.

 

 

 

SE LIBÉRER DE LA MÉDISANCE

Parler, raconter, papoter, quel plaisir! Mais la médisance nous guette au tournant... Travailler à "bien dire" plutôt que "médire", c'est faire une expérience spirituelle.

Pourquoi tant de paroles mauvaises?

"J'ai dit à ma collègue: "Untel ne comprend rien! Il ne peut tout de même pas représenter le service à la réunion !" A l'instant, j'ai su que j'avais parlé trop vite. J'aurais dû dire: "Il connait pas le dossier, il faut envoyer quelqu'un d'autre." La conscience affinée de Régine, salariée dans un établissement financier, repère de la médisance dans la banalité apparente d'une parole lâchée au travail. La malveillance ordinaire peut prendre des formes considérablement plus nocives et elle concerne beaucoup de monde, semble-t-il. "Dire du mal occupe une bonne partie du temps dans l'entreprise, et les réseaux sociaux amplifient terriblement cette pratique", s’inquiète Yann, 47 ans, consultant en ressources humaines après avoir travaillé au sein de grands groupes industriels. Les milieux chrétiens, où l'on est censé "mettre une garde à sa bouche" (psaume 141), ne sont pas en reste. Le pape François ne perd pas une occasion de dénoncer le fiel du commérage. En 2013, il confessait à des séminaristes: " Moi aussi, je suis tombé dedans. Je l'ai fait si souvent, si souvent ! Et j'ai honte !"

Médire de quelqu'un consiste à répandre à son sujet une parole nuisible, à son insu,"avec un cœur malveillant", selon Matthew Mitchell, un acteur protestant américain. L'inverse - dire du bien - n'a rien de spontané. Car la bienveillance n'est pas naturelle, relève la psychanalyste Geneviève de Taisne, enseignante aux facultés jésuites de Paris (Centre Sèvres): " D'instinct, l'humain tend à se protéger, à se défendre, et donc à attaquer. La malveillance vient de la peur de l'autre, d'une certaine pauvreté intérieure. Mais mépriser l'autre, c'est projeter sur lui sa propre fermeture. Discréditer autrui signifie aussi tenter d'acquérir du crédit aux yeux d'un confident." La bienveillance s'avère donc le fruit d'un travail mental et spirituel. Elle n'interdit pas la parole libre, voire critique, dès que l'on ne réduit pas une personne à ses actes.

On médit de moi. Que faire ?

"Voyez le récit de la tentation d’Ève, dans la bible. Le mensonge du serpent à la femme -" Non, vous ne mourrez pas si vous mangez du fruit de l'arbre de vie!" (Gn3) - fait de la parole une arme... diabolique", poursuit la psychanalyste. Et cela fait mal. Patrick, jeune retraité, s'est trouvé pris dans la poisse d'une rumeur malveillante dans sa nouvelle paroisse, à la campagne. " Nous avons d'abord été bien accueillis. Puis quelqu'un m'a prévenu qu'on disait que j'étais violent avec ma compagne. J'étais stupéfait! J'ai pu remonter jusqu'à la personne d'où était parti ce mensonge, et je lui ai demandé de s'expliquer. Elle a refusé de m'entendre. J'ai déposé une main courante au commissariat de police, et j'ai prévenu que je porterais plainte pour diffamation privée en cas de récidive. Nous ne fréquentons plus la paroisse. Quel sens aurait le baiser de paix avant la communion?" Geneviève de Taisne recommande de rencontrer l'accusateur en face, quand c'est possible, mais aussi de s'interroger: Qu'est-ce qui, dans mon comportement, peut avoir été à l'origine de cette rumeur? Enfin, la psychanalyste conseille de tenir mentalement à distance de soi le mauvais bruit, comme un poison à éviter.

Complice, moi?

Potins, commérages, cancans... La remarquable richesse du vocabulaire désignant la même réalité dit l'attrait des ragots. D'où vient le pouvoir séducteur de ces paroles vagabondes autant que nauséabondes? A les écouter, on risque d'en être pollué." La médisance fait pénétrer dans le monde de ce qui est caché, interdit. Cela excite notre pulsion voyeurisme " , analyse l'enseignement au Centre Sèvres. Comment ne pas entrer dans le jeu ?

C'est pourquoi cette année, à l'occasion du carême, le père Dominique Barnérias, curé de Sartrouville ( Yvelines), a choisi de proposer un parcours en trois étapes à ses paroissiens, pour passer de la médisance à la bienveillance. Les participants, nombreux, échangent des recettes : " Il faut marquer la distance avec les propos entendus. Par exemple, demander au calomniateur: ' Et cela vous arrive d'apprécier quelqu'un ?" D'autres pratiquent la politique de la sourde oreille: Les cancans glissent sur eux comme l'eau sur les plumes du canard. " Mon mari n'entend même pas quand les gens médisent. Il n'y prête aucune attention, mais moi,j'en suis blessée ", constate Régine.

En parlant mal d'autrui, on fait du tort à trois personnes: à celui dont on parle, à celui à qui on parler, et surtout à celui qui parle", remarquait avec finesse saint Basile de Césarée, un grand spirituel du IVè siècle qui vivait dans l'actuelle Turquie nous voilà au cœur du problème.

"Je ne le ferai plus !!! "

Les personnes qui ne disent jamais de mal d'autrui sont rares, mais leur compagnie fait du bien. Quiconque veut avancer dans la vie spirituelle est sensible à la puissance de la parole, à son prix. Avec le temps, Régine a pris conscience de la nécessité d'être vigilante : " J'ai une faiblesse dans l'usage de la parole. C'est un point d'entrée du mal, chez moi. Je parle de moins en moins. Je fuis les groupes ou on se plaît à raconter des potins. J'ai compris que c'était essentiel."

Encore faut-il prendre conscience du mal que l'on fait. Saint Philippe Néri, un prêtre romain du XVIè siècle, délicieusement fantaisiste, avait une méthode efficace. A une dame de la noblesse sujette au commérage,  il avait imposé de parcourir la ville en plumant une poule, puis de revenir sur ses pas et ramasser les plumes. Une tâche impossible, et une leçon efficace ! A l'instant ou une parole mauvaise est lâchée, le mal est fait, avait- elle dû comprendre. Le père Dominique, lui, donne à méditer une parole de Jésus : " Ce qui sort de la bouche provient du cœur, et c'est cela qui rend l'homme impur. Car c'est du cœur que proviennent les pensées mauvaises. " (Matthieu 15,18) Il invite à discerner l'intention secrète à l'origine d'une parole médisante : " Est-elle dite pour le plaisir qu'elle me procure? Ou bien ai-je l'intention d'enfermé autrui dans un jugement? "

Pour changer les relations au travail, Yann, le consultant, recommande de chercher à comprendre les contraintes de ceux que l'on à tendance à dénigrer et de cultiver un regard positif. Par exemple, en demandant à chacun de commencer une réunion en donnant une bonne nouvelle concernant son activité. Dans le secret du cœur, il s'appuie sur sa foi : " Si je suis tenté de dénigrer quelqu'un, j'essaie de me rappeler qu'il est lui aussi une créature du Dieu, aimée du même amour miséricordieux que moi. "

Gâchis ou échec ?

Cela demande du temps pour prendre conscience que le mot " échec", si difficile à accepter, peut mener vers un trésor.

Cela peut sembler curieux, mais l'idée de considérer mon divorce comme un échec ne m'est pas venue par moi-même: il a fallu que mon médecin, environ 2 années après le départ de mon ex-mari, me pose cette question pour que je prenne conscience qu'il y avait bien un côté "échec" dans le naufrage de mon mariage. Une fois cette idée présente, elle est malgré tout restée au stade de l'idée; une idée à laquelle je ne pouvais souscrire pour moi personnellement. En y réfléchissant, il se peut que ce soit là une question de génération : je n'ai pas eu à avoir honte de ce divorce, ni à m'en sentir humiliée. Les personnes divorcées n'étaient, à ce moment-là, déjà plus montrées du doigt par leur entourage, ni condamnées ou considérées comme incapables de tenir leur ménage.

Certes, la douleur et la souffrance étaient énormes et omniprésentes, surtout pendant la première année de notre désunion. Mais je vivais la séparation beaucoup plus comme un gâchis qu'un échec ; oui, un énorme gâchis.

Mais voilà,il fallait continuer, avancer même. Avec les débris qui restaient,et faire au mieux avec ce peu. Ce peu qui, dans le même temps, était si important et imposant, précieux,voire sacré et vulnérable à la fois : mes enfants. C'est clairement pour eux que j'ai trouvé la volonté de survivre. Cela dit, la seule volonté ne suffit pas. Pour avancer, il faut aussi la force - nécessaire et indispensable.

Mais je n'en avais plus, plus rien. Après ce choc, ce véritable tremblement de terre qu'avait été ce divorce, je me suis sentie vidée, profondément ébranlée, trahie, rejetée, abandonnée. Jetée.

Au rebus dans un gigantesque trou

C'est là que j'ai entendu quelqu'un qui disait : " Et si tu es dans le noir le plus absolu, ouvre toutes grandes les oreilles pour bien écouter et tu entendras quelque chose qui sera précieux pour toi et pour quelqu'un d'autre quand tu seras sortie de ta traversée des ténèbres." Par chance,cela ne réclame pas de très gros efforts que de bien écouter. Et j'ai entendu. Entendu la Parole vivante : " Tu es mon enfant et tu as du prix à mes yeux". Parole vivante, vivifiante, qui donne vie et envie. Sans elle, sans l'aide du seigneur, je ne sais pas ce que je serais devenue, si ce n'est qu'un tas de misère et de déprime ambulant.

Il était là

Il a su m'en préserver. Il était là et il est toujours là tout au long de ces années de difficile construction et de reconstruction : éducation et études de mes enfants ( aujourd'hui adultes, dans la vie active et mariés), reconstruction de ma vie professionnelle négligée pendant plusieurs années au profit de ma famille et , enfin, reconstruction de moi-même (mais là, je crois qu'il s'agit d'un chantier ouvert jusqu'au bout...).

Le seigneur était présent, et le résultat dépasse de loin tout ce que je pouvais imaginer. Il était présent, partout et tout le temps, sous différents aspects, avec toujours le mot gentil ou la phrase encourageante juste au bon moment, que ce soit dans les lectures bibliques, dans le discours de personnes autour de moi ou dans des livres et articles (souvent ceux de ce journal) qui se trouvaient sur mon chemin - et comme par hasard - juste au moment précis où j'en avais besoin. Il est là. Il faut juste Lui permettre de se rendre présent, l'inviter à se faire proche, Lui répéter combien est grand notre désir d'apprendre à L'aimer. A L'aimer gratuitement, comme Il nous aime.

Une fois un tel trésor trouvé, comment parler encore d'échec ?

Carmina

La joie

Une boussole qui indique le large

Nous sommes faits pour la joie. La retrouver, la cultiver, l'apprendre, c'est entrer dans "les mœurs de Dieu."

La joie dilate la respiration, la colère, la peur et la tristesse la contracte.

"Dès que la joie se lève, tout s'élargit. Notre respiration se fait plus ample, notre corps de redresse et nous voudrions sauter,bondir,courir,danser", souligne le philosophe Jean-Louis Chrétien dans son ouvrage la joie spacieuse, Essai sur la dilatation. Avec la joie, l'existence retrouve sa boussole. En effet, elle porte en elle une vocation: réveiller,dilater,ouvrir et rappeler qui nous sommes et vers qui nous allons. Presque tous les enfants sont joyeux. Ils ne savent pas pourquoi, c'est constitutif à leur nature. Comme elle est "une chose dont personne ne peut se dire sans expérience", nous la retrouvons dans notre mémoire et la reconnaissons. La mémoire de la joie est pour l'avenir, pour mieux aimer et servir. Qui dit joie, dit Dieu, d'une certaine façon. Si la source de la joie est Dieu, et si nous avons perdu la joie, cela signifie que nous sommes aux abonnés absents, sans direction, sans gouvernail,errants dans le vague. La joie dans la prière naît de l'amitié de Dieu, l'amitié des autres. Si Dieu est amour, il est joie aussi, si nous croyons en Lui cela veut dire que nous sommes habités par son amour et aussi par sa joie. Retrouver la joie, la cultiver, l'apprendre, c'est finalement entrer dans les "mœurs de Dieu", dans sa manière d'être avec nous, car elle est contraire de l'individualisme et de l'égoïsme. La joie est donc le signe visible de notre vie spirituelle, c'est à dire de notre vie avec Lui.

Nous sommes faits pour la joie, et lorsque je suis au cœur de ma joie, je suis là où je suis, ce que je suis vraiment: un être de joie fait pour la joie. Saint-Augustin nous indique le chemin, toujours dans les confessions: l'Esprit-Saint est le " poids" qui mène le cœur de l'homme vers le lieu de son repos et de sa joie. Celui qui demeure dans la joie demeure aussi en Dieu.

Sœur Catherine AUBIN

"Aucun artifice n'entache l'origine de la joie, ni n'entre dans la composition. Sa grâce, son secret, son mystère, c'est qu'elle est donnée."

le frère F. Cassingena-Trévedy

 LA PEUR

 Elle nous paralyse et nous rend aveugle mais il faut avoir le courage de l’apprivoiser et de l’accueillir dans la foi et la confiance.

« Quelle est notre plus grande peur ? » demande Jean Vanier lors d’une interview .

Chaque  émotion enracinée au plus profond. Il en va de notre croissance et de notre fécondité de l’accueillir , de l’accepter et de l’apprivoiser .

«  J’ai pris peur parce que je suis nu et je me suis caché » répond Adam à la demande de son Seigneur «  Où es-tu » (Gen3,9-10 )

Ce sont des réponses et une question qui nous convoquent . Pour la première fois dans la Bible, l’homme parle à la première personne et dit «  j’ai peur » Cette prise de parole

est une reconnaissance de sa honte et de son manque de confiance .

Il a peur de Dieu ou de l’idée qu’il s’est fait de Lui . Dans une sorte de vertige , il vacille et sort de son «  jardin »et de son équilibre intérieur pour se tourner vers l’obscurité . Il cède à la peur de perdre et de manquer et cela le déshumanise : le Seigneur Dieu est devenu un rival et par conséquent tous les autres aussi .

Cette peur de l’Autre inscrite dès les premiers chapitres de la Bible met en évidence  certains mécanismes qui en découlent , à savoir la tristesse , la colère , liées parfois à la peur de déplaire ou encore à la crainte de ne pas être à la hauteur .

La peur aveugle et paralyse .

En temps de guerre , elle est parfois le moteur d’actions graves comme trahir son meilleur ami ou faire condamner des proches . Voici ce que disait Etty Hilesum ; « Cette peur de ne pas tout avoir dans la vie , c’est justement elle qui nous fait tout manquer » . A aucun moment dans l’Evangile, Jésus condamne ou reproche la peur de ses disciples , IL leur montre leur peu de foi ou de confiance . Cela ne sert à rien d’accuser les autres d’avoir peur ou de s’accuser soi-même.

Il nous faut avoir le courage d’avoir peur et confiance en même temps , et vivre ce paradoxe pleinement et sans naïveté : «  Seigneur, qu’ils sont nombreux mes adversaires ‘ mes oppresseurs . Mais toi , Seigneur , mon bouclier , Tu tiens haute ma tête » (ps 3, 2-4 ) .

 

Sœur  Catherine Aubin

Année 2019 - 2020

Mardi 3 Septembre 2019

Mardi 1 Octobre 2019

Mardi 5 Novembre 2019

Mardi 3 décembre 2019

Mardi 7 Janvier 2020

Mardi 4 Février 2020

Mardi 3 Mars 2020

Mardi 7 Avril 2020

Mardi 5 Mai 2020

Mardi 2 Juin 2020

     Je ne sais pas manifester mes sentiments

Exprimer ses émotions ? Plus facile à dire qu'à faire ! La faute tantôt à la pudeur, tantôt à une difficulté à verbaliser. Et puis, nos émotions, à qui les confier ? A nos proches ou à un professionnel ? Voici quelques pistes...

Dans la vie, on a déjà des tas de choses à gérer. Alors s'il faut en plus prendre son temps de s'écouter et d'analyser ses propres émotions : On ne s'en sort plus. Pourtant, ne pas faire attention à sa sensibilité, à ses sentiments peut être une attitude très destructrice...

Pourquoi faut-il exprimer ses émotions au quotidien ?

Faut-il faire l'effort d'exprimer systématiquement toutes ses émotions ? Pas forcément ! Mais face à des émotions négatives, le refoulement a parfois des conséquences nocives. Il est donc plus sain de les exprimer, afin de s'en libérer. La capacité d'exprimer ses émotions nous facilite grandement la vie au quotidien !

En effet, une bonne communication constitue la base de relations saines et harmonieuses. Au travail ou en famille, faire part de ses émotions est plus particulièrement utile lorsque nous ressentons de la colère ou de la souffrance. Incapable d'exprimer ces émotions, nous risquons de nous lancer dans un réquisitoire, et la discussion tournera immanquablement au conflit.

Comment réussir à exprimer ses émotions

Famille, amis ou conjoint, il arrive fréquemment que nous fassions part de nos émotions à nos proches. Lorsque tout va bien, nous partageons volontiers notre joie et lors de moments plus délicats, le simple fait de s'ouvrir à un confident nous soulage. Cependant, certaines émotions nous submergent régulièrement. Nous les subissons, quand elles nous empêchent d'avancer, sans pour autant parvenir à les surmonter. Il est alors temps d'envisager une thérapie, afin de remonter à la source et de se libérer une fois pour toutes de ce frein.

Le développement de la communication Internet facilite l'expression des sentiments sans grande prise de risque. C'est confortable, car, qu'ils soient bons ou mauvais, forts ou faibles, exposer ses sentiments face à un auditoire est source d'enjeux importants.

Définition des sentiments

Les sentiments sont des pensées chargées d'émotions que l'on appelle ressentis. Par le jeu des hormones, ils produisent un effet physiologique euphorisant ou déprimant. Ils rendent dépendant.

Les sentiments déterminent le monde relationnel sans lequel l'on ne peut exister, c'est dire l'importance de les connaître. Les sentiments ne sont pas définitifs : ils évoluent au fur et à mesure de nos expérience de vie ( la dépression ou la rancoeur peuvent alterner avec la joie de vivre) et l'on peut agir sur eux, grâce à leur aspect dynamique.

Nous générons alors des sentiments complexes et opposés : admiration / humiliation, envie / honte, orgueil / culpabilité.

Nous élaborons des stratégies pour manier nos ressentis suivant les moments de notre vie et les mettons en mots : « j'ai de l'estime pour toi », « il est lâche », « tu me détestes », « je souffre », « j'ai honte », « tu m'attires », « c'est l'homme de ma vie », ect.

Un sentiment est donc un message transmis et reçu, même si le destinataire n'est que soi-même :

Nous communiquons dans le monde à travers le filtre de nos sentiments selon plusieurs formules :

. expression directe et claire, ou de manière impertinente, pour atteindre un objectif ou suivre un besoin ;

. expression indirecte et subtile par timidité ou pour rechercher un effet ;

. déni, dissimulation, manipulation, travestissement des sentiments.

Pourquoi apprendre à exprimer vos sentiments ?

Fabriquer et vivre attaché à vos sentiments vous rend affectivement dépendant. Apprendre à les exprimer est donc une étapes obligée si vous ne voulez pas qu'ils vous dominent et souhaitez devenir serein.

Vouloir apprendre à exprimer ses sentiments répond souvent à une nécessité :

. s'adapter à un contexte particulier ;

. être enfin soi-même et s'affirmer ;

. sauver une relation, répondre à une demande, diriger dans le monde professionnel, atteindre un but ;

. rétablir sa santé.

. Ne pas savoir comment les exprimer nous rend confus et nerveux. On peut devenir agressif ou fuyant.

Exprimer ses sentiments à bon escient permet de s'intégrer à un groupe, à une société, suivant différentes valeurs socio-éducatives.

Les émotions corrélées aux sentiments ignorés sont «  enterrées vivantes » :

. Elles deviennent psychogènes et demandent à s'extérioriser.

. Elles provoquent anxiété et angoisse.

. Elles sont donc délétères et finissent par altérer votre santé.

A noter : face à la difficulté d'exprimer leurs sentiments, certains pratiquent le déni pour éviter tout risque et inconvénient ; ils les ignorent ou les font endosser par un autre, surtout s'il s'agit de mauvais sentiments. Il ne s'agit là que d'une stratégie pour se protéger.

Faites un travail sur vous pour renforcer votre faculté à exprimer vos sentiments.

La confiance en soi

Rappelez-vous que l'expression, juste et saine des sentiments est facilitée si vous avez une base de confiance en vous construite dès l'enfance. Cependant, vous pouvez également construire cette confiance en vous par vous même.

L'affirmation de soi

Cette faculté est difficile à acquérir si vous êtes d'un naturel introverti, doux, timide, peu agressif et si, en plus, vous connaissez pas de talents et vos valeurs, que vous allez également de voir découvrir.

Le travail à faire est différent suivant votre tempérament inné :

. Extraverti : vous exprimez facilement vos sentiments assortis de leurs émotions, bonnes ou mauvaises. C'est dans la vie sociale que vous rencontrez des limites : s'exprimer à tort et à travers génère des conflits ; vous perdez plus que ce que vous ne gagnez.

. Introverti : vous vous laissez déborder intérieurement et réagissez d'une manière maladroite. Vous tendez à devenir une personnalité fuyante, difficilement interprétable, voire même opaque.

La connaissance de soi

Connaître vos sentiments est la condition sine qua non pour savoir comment les exprimer et pour décoder ceux d'autrui.

Savoir exprimer ses sentiments est une habileté sociale et une source d'équilibre qui aide à ne pas passer à côté des vraies opportunités, à rester concentré sur ses objectifs et à moins se tromper.

La colère, ça s'apprend !

Je ne sais pas manifester mes sentiments.

Pendant le divorce, je ne me souviens pas vraiment de colère. Je dois faire un effort pour me souvenir. La colère était certainement là, comment faire autrement ? J'étais fâché, je lui en voulais, je m'en voulais aussi. Mais était-ce de la colère? En tout cas, cette colère ne s'extériorisait pas beaucoup, je ne me souviens ni de vaisselle cassée ni de cris. Je n'ai jamais dit, ni même reconnu, être en colère. En revanche, j'ai beaucoup écrit à mon avocat qui, le pauvre, n'y pouvait rien. Ce n'est qu'après trois ou quatre ans que j'ai renoué avec la pratique catholique, que je suis retourné à l'église et ai participé à des groupes de prières ou des groupes de paroles. Ces groupes m'ont certainement aidé à retrouver un peu de sérénité.

Où sont passées toutes mes contrariétés?

Pendant les 26 ans de mariage, je ne me souviens pas non plus m'être mis en colère contre mon conjoint. Comment ai-je fait pour tout accepter, que ça me plaise ou non? Où passaient toutes mes contrariétés? Avais-je même conscience d'être contrarié? Ou bien essayais-je de me persuader que j'étais heureux, que tout allait très bien? Quand j'y réfléchis, c'est d'ailleurs assez amusant, parce que mon conjoint ne cessait de me dire que " ça n'allait pas" , qu' " il fallait que ça change" , sans que je comprenne, d'ailleurs jamais, ce dont il s'agissait. Ce dialogue de sourds était si répétitif qu'il aurait dû m'alerter et m'obliger à regarder en face ce qui devenait un comportement névrotique.

Lorsque j'étais enfant, j'ai certainement fait des colères, comme tous les enfants. Et puis on m'a certainement expliqué qu'il ne fallait pas se mettre en colère. Et comme j'étais un bon garçon, j'ai certainement cessé de me mettre en colère. Mais m'a-t-on seulement expliqué comment exprimer mon désaccord ou mon insatisfaction d'une façon acceptable pour la société? Probablement pas, ou alors je n'ai pas bien compris.

La colère, ça s'apprend. La colère, c'est de l'énergie. La colère, c'est nécessaire.Celui qui sait la maîtriser, comme Monsieur Pasquier(1), alors le monde est à lui. Ce n'était juste probablement pas mon cas.

(1) Monsieur Pasquier: " Papa se mit à sourire, son calme devint effrayant et nous comprîmes tous qu'il était parti, sans retour, pour une colère majuscule, une colère telle qu'un homme n'en fait pas trois d'aussi belles dans sa vie."Chronique des Pasquier ( 1933-1945) de Georges Duhamel.

Hervé

Trajectoire sinusoïdale: projection d'une droite dans un mouvement tournant comme une balle qui sort d'un revolver.

Divorcée il y a dix ans, Christelle a transformé son regard, devenu plus indulgent.

Dix ans après ma séparation puis mon divorce, je suis frappée de constater combien le regard que je porte sur ma personne et ma situation à évolué.
Telle une sinusoïde, il a progressé au gré des joies et des peines, des petits échecs et des grandes victoires!

Regard de conquérant lors de la séparation. Je suis celle qui a pris la décision, douloureuse pour tous, mais nécessaire et assumée avec force. Rêves d'un avenir plus heureux loin des cris et des pleurs.

Regard de peine quand au fil des années la solitude se fait mordante, quand les amitiés anciennes de la vie de couple s'effilochent, quand les étés dans une maison vide sans enfants et les repas solitaires sont angoissants.

Regard d'échec quand la haine de l'ex-conjoint vous poursuit et vous épuise, quand la vie professionnelle, matérielle et familiale est si lourde à porter seule, quand l'éducation des enfants vous échappe ; quand le regard des familles "bien comme il faut" vous exclut et quand la confiance s'amenuise.

Regard de fierté quand les années passant, les projets menés seule s'accomplissent malgré les obstacles; quand les enfants prennent leur envol avec confiance; quand l'église vous accueille toujours et vous soutient; quand de nouvelles amitiés plus proches,plus vraies se forgent; quand la force vitale abîmée et cachée s'épanouit de nouveau.

Regard apaisé et indulgent sur une autre vie acceptée, sur mes fragilités assumées, sur mes blessures cicatrisées mais toujours sensibles.

EMMANUELLE