LA RENCONTRE DE ROUEN A EU LIEU LE 5 FÉVRIER 2019 SUR LE THÈME : LA SOLITUDE.

 LA SOLITUDE.

J'ai été mariée pendant dix huit ans. Nous nous sommes connus jeunes, et avons donc découvert ensemble beaucoup de choses de la vie. Nous avons eu trois enfants. J'ai eu du mal à avoir le dernier, et deux jours près avoir fêté ses deux ans, mon mari a laissé une lettre me disant que nous n'étions pas faits l'un pour l'autre. Il est vrai que nos relations n'étaient pas toujours faciles : j'avais un travail à fortes responsabilités à quarante kilomètres de la maison et trois enfants; lui était maire, donc très dispersé.
Cela retentissait sur notre vie de couple.

MA VIE C'EST ÉCROULÉE

Je ne comprenais pas ce qui m'arrivait. J'avais trente-sept ans, trois enfants à élever (douze ans, dix ans, deux ans). Je me sentais très seule avec d'énormes responsabilités, ne pouvant plus dialoguer avec mon mari, devant faire le père et la mère au quotidien. Mes enfants étaient perturbés. Après avoir vu son père me critiquer, ma fille, en rébellion quasi permanente, répétait les mêmes mots que lui; je crois qu'elle m’en voulait de ne pas avoir su garder son père. Son frère ne disait rien, mais j'ai fini par comprendre que c'était pire. Le petit était le moins perturbé, mais à deux ans il demandait beaucoup d'attentions et de soins.

J'ai connu une grande détresse. Plusieurs fois, j'ai eu envie de lâcher le volant de ma voiture dans un virage;mais j'ai pensé à mes enfants, et à Dieu, et je ne me suis pas sentie "autorisée" à faire ce geste.

Je suis souvent allée me recueillir et prier dans une église, où je me sentais en paix, mais j'y étais seule et sans aide aucune. Ma famille était à l'autre bout de la France.Beaucoup de gens avaient de la compassion pour moi mais restaient à distance. Il était maire! Et il avait réussi à me donner une image trop négative de moi-même pour que j'ose demander de l'aide. J'avais totalement perdu confiance en moi.
J'ai fait une dépression profonde, qu'il a fallu soigner.

Dans toute épreuve, il y a des choses positives. J'ai pris conscience que j'avais été trop dépendante de mon mari, et qu'il s'était autorisé à me dévaloriser très fréquemment, en particulier devant les enfants.
J'ai découvert que j'étais capable d'agir seule, de nouer des relations. J'ai connu plusieurs personnes vivant une situation similaire à la mienne; nous nous sommes entraidées, et cela a beaucoup contribué à nous reconstruire.
Je me suis rendu compte que j'avais consacré ma vie à ma famille et à mon travail (trop ?),et que j'avais complètement oublié de penser à moi. Pendant que mes enfants allaient chez leur père, je me suis autorisée à vivre pour moi, à faire ce que j'avais envie de faire. Les moments les plus forts ont été les moments d'amitié et de partage avec autrui.
Bien qu'ayant été gravement malade et handicapée physiquement, j'ai appris à goûter les moments agréables, avec un regard neuf sur la vie.

J'ai eu envie d'une relation à deux, même si j'en avais peur. J'avais besoin de partager l'intimité de quelqu'un. J'ai eu la chance de rencontrer un homme qui m'apporte beaucoup. Lui-même avait vécu un échec de couple. L'épreuve nous avait mûris, obligés à relativiser beaucoup de choses, conduits à nous accepter tels que nous sommes avec nos forces et faiblesses. Une relation, plus adulte, s'est construite petit à petit, dans le dialogue.

Elisabeth. Janvier 2005

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