Conférence de V Margron: l’échec traversé, se reconstruire

1ère intervention : L’échec traversé

Deux préalables sur le sens de l’échec :

- sens de la réflexion éthique, morale : pouvoir affronter des dilemmes. La cohérence d’une vie n’est pas une ligne droite, elle se construit. On peut faire du sens, donner une cohérence à sa vie. Cette cohérence n’est jamais donnée d’avance.
La réflexion éthique c’est ce qui est « com-posssible » , c’est mettre ensemble des possibles qui a priori ne sont pas ensemble, c’est dessiner un chemin de possibles à travers des lignes difficiles, un chemin de crête.

- sens de l’engagement. Etre capable de s’engager, de faire confiance à l’autre, croire que l’on peut orienter son existence. Comment un second engagement peut il être porteur d’espérance pour nous, pour le corps social, pour le corps écclésial ?

1 Echec, au sens éthymologique
- échec = rupture par rapport à une situation souhaitée, mésaventure, dommage, effondrement intime intérieur.
- échec = résulat d’un combat avec une force extérieure, d’une circonstance qui ne vient pas de nous
L’échec fait partie de la vie, il nous rend vivant, humain.

2 La réussite
- est liée à l’efficacité dans notre société. C’est la capacité à être entrepreneur de sa propre vie. Or l’humain doit composer avec l’incertitude. L’échec introduit un sentiment de dépréciation et amène un sentiment de culpabilité, de mésestime de soi qui rend plus difficile la reconstruction de soi.

3 Le changement
Pour se reconstruire, l’humain doit s’adapter, s’ajuster au changement, à l’intérieur du couple, en soi même. Comment s’adapter ? s’ajuster ? c’est une question de fonds pour la vie des couples. Quel est l’appui sur lequel se reposer pour consentir au changement ?Il faut un lieu de stabilité pour traverser le changement.

4 Qu’espérer apprendre de l’échec ?
- l’échec fait partie de la condition humaine. On peut espérer devenir plus humain, plus vivant à travers l’échec. On peut se rendre compte que nos constructions fantasmatiques nous empéchent de regarder nos limites, de déterminer quels sont nos possibles à nous. On peut quitter suffisamment l’imaginaire pour investir le réel. L’échec peut participer à nous rendre plus libre, à mieux vivre avec soi-même, à surmonter les empêtrements.
- l’échec nous apprend que nous avons besoin des autres pour se relever et reprendre goût à l’existence.

Il existe 3 niveaux dans les besoins fondamentaux de l’être humain :
Les besoins amicaux, amoureux (lieux des grandes joies et des grands chagrins)
La vie sociale
Ce qui donne sens à l’existence : la Foi pour les chrétiens, le travail pour d’autres
L’échec peut intervenir sur chacune de ces 3 sphères. Elles sont reliées les unes aux autres. En cas d’échec dans une de ces sphères, nous sommes fragilisés sur les deux autres.
Il convient de donner du corps à chacune de ces dimensions de notre existence. Les chrétiens ont la chance de croire que Dieu les accompagne dans chacune des dimensions de leur existence.

Pour terminer, une prière du 12ème siècle : « Oh Dieu, éloigne de moi l’idée que je peux tout ».

2ème intervention « Se reconstruire avec l’Eglise »
ou « Comment dessiner un chemin d‘espérance ? »

Comment reconstruire un chemin d’espérance ? quelle espérance nous est possible compte-tenu de ce que nous avons vécu ?

1 les figures de l’échec dans les textes fondateurs de la religion chrétienne

Le livre de JOB : idée communément admise que la souffrance qui nous est donnée à vivre est dûe au fait d’avoir péché. C’est l’attitude de l’entourage de Job. Lui se révolte contre cette idée scandaleuse et il dit sa révolte à Dieu. Le livre de Job est une longue plainte. Quand Dieu lui répond, il lui parle de la CREATION. Dieu donne à profusion la Création et ne répond pas aux questions de Job. A la fin du livre, Job est devenu un homme LIBRE qui a rencontré un Dieu LIBRE. C’est cette longue traversée de l’échec qui rend Job libre.

Le Christ en croix : la religion chrétienne illustre que l’échec peut conduire à une victoire, une Renaissance. Le Christ a vécu l’échec de la mort sur la Crois puis de la résurrection. Le Christianisme est contre la fatalité de l’histoire.

2 le sens de la souffrance

Le Christianisme ne fait jamais l’apologie de la souffrance. Il faut bannir l’expression « il faut bien porter sa croix » (la place est occupée !!!). LA souffrance fait partie de la condition humaine. Vouloir trouver des explications, des justifications à tout est une impasse. Le Salut est donné une fois pour TOUS. Tout est déjà donné.
La question est « comment je fais pour vivre encore, malgré tout ? » Le Christ accompagne tout situation humaine, quelle qu’elle soit. Comment la vie qui reste peut-elle encore avoir du sens ? comment je peux donner du goût , de la densité, de la signification au présent ? Jésus accompagne les pélerins d’Emmaüs. Il se met au pas de l’homme, il marche à sa vitesse.

3 que signifie « espérer » au sens de la vie chrétienne

L’Espérance est une vertu chrétienne, un bon pli de la vie chrétienne. L’Espérance n’est pas l’Espoir, c’est une vertu de l’obstination. L’Espoir a un objet (réussir son examen, avoir son train), l’Espérance n’en n’a pas. On vit dans l’Espérance, ici et maintenant, dans le présent, dans l’ouverture. L’Espérance, c’est croire qu’il y a une brèche, une ouverture dans ce qui est fermé dans mon existence.
Exemples bibliques : la traversée de la Mer Rouge (Pour que le passage s’ouvre, il a fallu mettre les pieds dans l’eau, prendre un risque.), les femmes devant le tombeau vide du Christ.
L’Espérance demande que la communauté chrétienne s’ouvre à tous.

Compte-rendu de la conférence donnée par Véronique Margron le 15 novembre 2014, lors de la journée diocésaine autour des personnes en rupture de couple, au Centre d'Etudes Théologiques de Caen.

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